La solitude des réactions unilatérales dans les relations humaines

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Les relations humaines sont compliquées.

J'ai longtemps considéré la communication comme un échange simple : un émetteur parle à un récepteur, qui lui répond. Cette réponse crée ce que l'on appelle le « feedback », et c'est précisément cette boucle qui fait naître la communication.

Pourtant, je me rends compte aujourd'hui que, dans de nombreuses situations, les gens prennent des décisions de manière unilatérale. Il n'y a plus de dialogue, plus de réflexion commune. Chacun réfléchit avec lui-même plutôt qu'avec l'autre. Puis la décision tombe. Elle est prise, tranchée, sans véritable échange.

Quelqu'un vous parle, puis soudain le dialogue s'interrompt. Plus de remarques, plus de discussions. Vous tentez de relancer la conversation, mais vous sentez que la personne reste figée dans sa position.

Alors vous cherchez à comprendre. Vous insistez parfois et finissez par demander :

  • Que se passe-t-il ?

Et la réponse tombe :

  • Rien. Je prends du recul.
  • Ah. D'accord. Tu as pris du recul. Mais pourquoi ?

Mais ce qui me frappe, c'est que cette décision a été prise seul. Sans concertation. Sans discussion.

Ce que nous aurions souhaité, c'est un appel, une conversation, un échange sincère où chacun exprime ce qu'il ressent et ce qu'il souhaite. Car c'est souvent du dialogue que jaillit la lumière.

À mes yeux, le problème fondamental des relations humaines est là : les gens ne discutent plus. Ils ne parlent plus. Ils décident seuls de ce qui est bon pour eux, mais aussi de ce qui est bon pour les autres.

Et lorsque quelqu'un décide de ne plus parler à une autre personne, cette dernière ne comprend pas. Elle cherche des explications. Elle se fait des nœuds au cerveau.

Pourquoi agit-il ainsi ?
À quel moment cela s'est-il dégradé ?
Qu'ai-je fait de mal ?

Commencent alors les remises en question, la colère, la frustration. Et parfois, à force de tourner en boucle, la souffrance finit même par atteindre le corps.

Il existe aussi, dans ce fonctionnement, une forme de pouvoir. Peut-être même une forme de manipulation.

C'est considérer l'autre comme un objet que l'on déplace selon ses envies.

Hier, tu étais dans la case A8. Aujourd'hui, j'ai décidé de te mettre dans la case E5. Voilà, c'est ainsi.

Et si la personne répond :

  • Mais cela ne me convient pas.

La réponse implicite devient :

  • Ce n'est pas mon problème. J'ai décidé de te mettre dans la case E5. Si tu ne veux pas y rester, libre à toi de partir. Mais de toute façon, je ne te mettrai nulle part ailleurs.

C'est peut-être là le problème fondamental de nombreuses communications qui n'en sont plus vraiment. Les gens vous rangent dans une case et, si vous avez le malheur d'en sortir, ou simplement s'ils n'ont plus envie de vous y voir, alors tout s'arrête. Vous n'avez plus votre mot à dire.

Ce n'est pas la rupture qui fait souffrir, c'est l'absence de dialogue qui l'accompagne pour aider à comprendre les desseins de l'autre et à mieux accepter pour passer à autre chose.

Au fond, je crois que nous sommes beaucoup plus seuls dans nos relations que nous aimerions l'admettre.

Et cette solitude relationnelle est peut-être l'une des choses les plus importantes que je viens de comprendre.

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