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La parabole de la Porte étroite

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Quand on regarde la série « The Chosen», on est interpellé par les paraboles de Jésus.

Les paraboles de Jésus sont de véritables petits trésors de sagesse : elles semblent simples, mais elles révèlent souvent plusieurs niveaux de lecture. Tout comme les mythes du philosophe Platon.

Quand on lit toutes les paraboles ensemble, on découvre qu’elles parlent presque toujours des mêmes grands thèmes : comment grandir, comment aimer, comment traverser les épreuves, ce que nous faisons de nos dons, ce qui mérite vraiment d’être recherché, ce qui doit être retrouvé…

En réalité, elles racontent toutes le même voyage : celui de l’âme humaine.

On y retrouve la structure des grands récits symboliques que l’on rencontre partout dans le monde : partir, chercher, tomber, apprendre, retrouver un trésor et revenir transformé.

C’est peut-être pour cela que les paraboles de Jésus continuent à parler à tant de lecteurs deux mille ans plus tard. Elles ne s’adressent pas seulement à l’intelligence ; elles parlent directement à l’imaginaire et au cœur.

Je vous propose d’en aborder certaines au fil de ce blog, que l’on retrouve d’ailleurs dans la série pour expliquer et mettre en lumière ce partage de savoir universel qui dépasse les religions.

Etudions : La parabole de la Porte étroite

Jésus s'adresse à ceux qui le suivent. Quelqu'un lui demande : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de personnes qui seront sauvées ? »

Mais Jésus ne répond pas par un chiffre. Il raconte une image. 

Il dit : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. Car beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. »

Puis il poursuit. Un jour, le maître de maison se lèvera et fermera la porte.

Alors des personnes frapperont en disant : « Seigneur, ouvre-nous ! Nous avons mangé et bu avec toi. Tu nous as entendu enseigner dans nos rues. »

Mais le maître répondra : « Je ne sais d'où vous êtes. »

Et ils resteront dehors.

Jésus conclut en rappelant que beaucoup de ceux qui se croient les premiers seront les derniers, tandis que d'autres, venus des quatre coins du monde, prendront place au banquet du Royaume.

Le sens profond

On réduit souvent cette parabole à une idée morale : « Il faut faire des efforts. »

Mais je crois que ce n'est pas son véritable message.

La porte est étroite parce que l'on n'y passe pas charger.

On ne peut pas y entrer avec :

  • Son orgueil
  • Ses certitudes
  • Ses ambitions
  • Ses richesses
  • Ses masques
  • Son besoin de paraître.

Il faut presque... renaître nu, comme un enfant.

Cette image est très proche de celle du chas d'une aiguille : ce n'est pas la porte qui exclut, c'est tout ce que nous refusons de déposer.

En termes symboliques, la porte est un rite de passage. Dans presque toutes les traditions, franchir une porte signifie quitter un ancien état pour entrer dans un autre. Les temples antiques, les initiations, les sanctuaires ou les récits mythologiques utilisent souvent cette image : on ne traverse jamais une porte en restant exactement le même.

Pourquoi André Gide choisit-il ce titre pour un de ses livres « la porte étroite » ?

André Gide publie, "La Porte étroite" en 1909. Il reprend directement l'image de l'Évangile.  Mais il lui donne une interprétation personnelle.

Son héroïne, Alissa, aime profondément Jérôme. Pourtant, elle renonce à cet amour. Pourquoi ? Parce qu'elle pense que le véritable chemin vers Dieu exige de renoncer au bonheur terrestre. Pour elle, aimer Dieu, c'est choisir la voie la plus difficile, la plus exigeante, la plus « étroite ».

Toute sa vie devient une quête de perfection spirituelle. Mais cette quête finit par la couper de la vie elle-même.

C'est là toute l'ambiguïté du roman.

Gide pose une question sans vraiment y répondre : La recherche de l'absolu peut-elle conduire à oublier l'humain ?

Autrement dit : La porte étroite est-elle le chemin de la sainteté...ou le risque d'un excès d'idéal ?

Trois époques. Trois regards. Une même image.

Chez Jésus, la porte étroite est une transformation du cœur. Jésus parle de la porte étroite comme d'un passage intérieur : quitter l'ancien homme pour entrer dans une vie nouvelle.

Chez Platon, c'est une transformation de l'intelligence. Platon, avec le mythe de la Caverne, montre lui aussi un passage difficile : sortir de l'obscurité pour accéder à la lumière. Peu y parviennent, car cela demande de renoncer à ses illusions.

Chez Gide, elle devient une interrogation sur les limites de l'idéal. André Gide reprend cette image au XXᵉ siècle et s'interroge : jusqu'où peut-on aller dans l'exigence spirituelle sans renoncer à la joie de vivre ?

André Gide a écrit deux œuvres qui semblent presque se répondre :

  • Les Nourritures terrestres (1897)
  • La Porte étroite (1909)

Dans Les Nourritures terrestres, il célèbre la vie. Il invite à goûter le monde, à voyager, à aimer, à s'émerveiller, à ne pas s'enfermer dans les habitudes. C'est un hymne à l'expérience, à la liberté et à la joie d'exister.

Puis, quelques années plus tard, dans La Porte étroite, il raconte presque l'inverse : une jeune femme qui renonce à l'amour terrestre au nom d'un idéal spirituel.

Gide explore ainsi deux pôles de l'existence humaine :

  • Faut-il embrasser pleinement la vie ?
  • Ou faut-il s'en détacher pour atteindre une vérité plus haute ?

Cette tension est au cœur de toute son œuvre.

Dans les Évangiles, Jésus ne choisit jamais vraiment un extrême contre l'autre. Il ne dit pas : « Méprisez la terre ». Il ne dit pas non plus : « Cherchez uniquement les plaisirs terrestres. »

Au contraire, il mange avec les gens, participe à des noces, pleure la mort d'un ami, admire les lis des champs, parle des oiseaux, des vignes, des semences...

Toute sa pédagogie passe par les réalités les plus concrètes de la vie quotidienne. En même temps, il invite constamment à ne pas s'y enfermer, à découvrir une dimension plus profonde.

Autrement dit, chez Jésus, la terre devient le chemin vers le ciel, et non son contraire.

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