Et les jeunes, dans tout ça ? Quel monde leur transmettons-nous ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Dans notre réflexion sur la transmission, nous nous sommes interrogés sur ce que nous souhaitions léguer à nos enfants : des connaissances, des valeurs, une culture, un patrimoine, mais aussi un monde dans lequel ils pourront trouver leur place. Nous avons beaucoup parlé de l'éducation, du rôle des parents, de celui de l'école et de la responsabilité des adultes.
Mais une question mérite à présent d'être posée : qu'en est-il des jeunes qui grandissent aujourd'hui dans notre société ? Que leur avons-nous transmis ? Et que souhaitent-ils, à leur tour, transmettre ou transformer ?

Prenons les jeunes nés autour de 2010. Ils sont encore au début de leur vie d'adulte, ou à l'aube de celle-ci. Ils ont grandi dans un monde marqué par les crises économiques, les inquiétudes environnementales, les incertitudes politiques et les interrogations sur l'avenir. En 2020, alors qu'ils avaient environ dix ans, la crise sanitaire a bouleversé leur quotidien. Les écoles ont fermé, les rencontres se sont raréfiées, les relations avec les amis ont été interrompues ou limitées. Pour certains, cette période a aussi été marquée par l'isolement et les difficultés familiales. D'autres ont ensuite connu, à leur entrée au collège, les moqueries et le cyberharcèlement associés au mot #Anti2010.

Bien sûr, tous n'ont pas vécu ces événements de la même manière. Mais peut-on vraiment demander à une génération de se construire sans nous intéresser au monde dans lequel elle a grandi ?

Aujourd'hui, nous parlons de crises, de transformations nécessaires, de sacrifices à consentir. Nous demandons aux jeunes de se former, de travailler, de devenir autonomes et de préparer l'avenir. Pourtant, beaucoup s'interrogent sur leur capacité à trouver un emploi, à accéder à un logement, à construire une vie indépendante et à envisager sereinement les années qui viennent. Nous leur parlons d'avenir, mais leur donnons-nous suffisamment de raisons d'y croire ?

Transmettre, ce n'est pas seulement apprendre aux jeunes à s'adapter au monde que nous leur laissons. C'est aussi leur permettre de participer à sa transformation.

Leur colère, lorsqu'elle s'exprime, ne dit pas nécessairement la même chose pour tous. Elle peut traduire un sentiment d'injustice, une inquiétude, le besoin d'être reconnu ou le désir de prendre part aux décisions qui concernent leur avenir. Il nous appartient de chercher à comprendre ce qui se joue, sans idéaliser la jeunesse ni réduire ses difficultés à une crise passagère.

Écouter ne signifie pas tout approuver. La violence et les dégradations peuvent être contestées, et les règles communes restent nécessaires. Mais condamner un comportement ne devrait jamais nous dispenser de nous interroger sur ce qui l'a précédé, sur les frustrations qu'il révèle parfois et sur les réponses que notre société est capable d'apporter.

Derrière les manifestations, les inquiétudes ou le silence de certains jeunes, il y a aussi des aspirations, des convictions, des engagements et une immense capacité à imaginer d'autres façons de vivre ensemble. Encore faut-il leur laisser la possibilité de s'exprimer et de prendre des initiatives.

Peut-être est-ce là l'un des grands enjeux de la transmission : ne pas seulement transmettre un héritage, mais donner à ceux qui le reçoivent les moyens de le questionner, de le faire évoluer et, si nécessaire, de le dépasser.

Nous ne pouvons pas leur demander de réparer seuls les difficultés d'un monde qu'ils n'ont pas construit. Nous pouvons, en revanche, leur transmettre des outils pour comprendre, débattre, coopérer et agir. Nous pouvons leur donner une place dans les décisions qui les concernent, prendre leurs questions au sérieux et accepter que leurs réponses ne soient pas toujours les nôtres.

Car les jeunes ne sont pas seulement les adultes de demain. Ils sont déjà les citoyens d'aujourd'hui.

Alors, au terme de cette réflexion sur la transmission, une dernière question s'impose : quel héritage voulons-nous vraiment leur laisser ? Un monde dont ils devront simplement supporter les contraintes, ou un monde auquel ils auront les moyens de contribuer ?

Transmettre, c'est aussi faire confiance à ceux qui viennent après nous. Non pas leur demander de reproduire notre monde à l'identique, mais leur donner les moyens d'en construire un qui soit plus juste, plus humain et plus habitable.

Nous avons reçu. Nous transformons. Nous transmettons.

Et peut-être devrions-nous commencer par une chose toute simple : leur demander ce qu'ils souhaitent, eux, transmettre à leur tour.

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