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Pourquoi avons-nous le sentiment que tout se tend ? Lecture astrologique d'une société en transformation

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Il arrive que l'actualité nous donne le sentiment que plusieurs crises se rejoignent : difficultés sociales, inquiétudes économiques, défiance envers les institutions, questionnements sur l'avenir et sentiment, notamment chez les jeunes, de ne pas trouver pleinement leur place.

Comment comprendre ce qui se joue ? Faut-il y voir une succession de problèmes indépendants, ou le signe que des tensions plus profondes cherchent à s'exprimer ?

L'astrologie ne remplace ni l'analyse historique, ni l'étude des réalités économiques et sociales. Mais elle propose un langage symbolique qui peut nous aider à réfléchir aux grandes dynamiques d'une époque.

Une génération grandit dans un monde qu'elle n'a pas choisi

Les jeunes nés autour de 2010 ont grandi dans une société qui a connu de profondes transformations. À leur naissance, Nicolas Sarkozy était président de la République. François Hollande lui a succédé en 2012, puis Emmanuel Macron en 2017. Ces changements politiques se sont inscrits dans une période marquée par les conséquences de la crise financière de 2008, puis par la crise sanitaire de 2020 et les inquiétudes liées à l'avenir économique, social et environnemental. 

En 2020, ces enfants avaient environ dix ans. Pour beaucoup, la pandémie a bouleversé les habitudes, les apprentissages et les relations sociales à un âge important de leur développement.

Bien entendu, une génération ne constitue pas un groupe homogène : chacun a son histoire, son environnement familial et sa manière de traverser les événements. Mais une question mérite d'être posée : que transmettons-nous aux jeunes lorsque nous leur demandons de préparer leur avenir dans un monde qui leur paraît parfois incertain ?

C'est ici que la question de la transmission rejoint celle de la transformation collective. Hériter d'un monde ne signifie pas devoir le reproduire à l'identique.

Uranus et Pluton : quand les modèles sont remis en question

En astrologie, Uranus symbolise le besoin de liberté, l'éveil, la rupture avec les habitudes et l'invention de nouvelles possibilités. Pluton évoque les transformations profondes, les rapports de pouvoir, les crises qui mettent au jour ce qui ne peut plus rester enfoui.

Leur carré, qui s'est formé à plusieurs reprises au cours des années 2010, a été interprété par de nombreux astrologues comme un symbole de tensions entre les structures existantes et les forces de transformation.

Il ne faut pas en déduire que toutes les personnes nées autour de 2010 portent individuellement cette configuration dans leur thème natal : Uranus et Pluton sont des planètes lentes, et leur position exacte doit être vérifiée pour chaque date de naissance.

Mais comme grille de lecture collective, cette symbolique nous invite à réfléchir à une question : que se passe-t-il lorsqu'un monde demande aux nouvelles générations de s'adapter, alors qu'elles ressentent le besoin de le transformer ?

Octobre 2026 : la confrontation entre affirmation et relation

Le ciel astrologique d'octobre apporte d'autres symboles à cette réflexion.

Mars en Lion évoque une énergie qui veut s'affirmer, agir, défendre sa dignité et être reconnue. Dans son expression constructive, cette force peut nourrir le courage, la créativité et la capacité à prendre des initiatives. Dans son expression plus difficile, elle peut devenir orgueil blessé, affrontement ou volonté de s'imposer.

Mars se trouve actuellement en opposition à Pluton en Verseau. Symboliquement, cette configuration met en tension l'affirmation individuelle et les forces collectives, la volonté de décider pour soi et les systèmes qui organisent la vie commune. Elle peut nous inviter à examiner les rapports de force et la manière dont nous utilisons notre puissance.

De son côté, Vénus rétrograde en Scorpion depuis le 3 octobre. Vénus parle de nos valeurs, de nos liens, de ce qui nous attache aux autres et de ce que nous estimons digne d'être défendu. Le Scorpion nous conduit vers les questions plus profondes : confiance, loyauté, contrôle, dépendance, blessures et vérité des relations.

Cette rétrogradation peut donc être lue comme une invitation à réexaminer ce qui nous lie, ce que nous acceptons et ce qui n'est plus négociable à nos yeux.

Autour du 10 octobre, le carré entre Vénus et Mars accentue symboliquement la tension entre le désir et la relation, entre l'affirmation de soi et la nécessité de composer avec autrui. Ce n'est pas une prédiction automatique de conflit : c'est une manière de décrire une dynamique qui peut se manifester dans nos relations et nos choix.

La colère est-elle une fin ou un commencement ?

La colère peut signaler qu'une limite a été franchie, qu'une attente est déçue ou qu'un besoin n'est plus entendu. Elle peut aussi aveugler, blesser et détruire lorsqu'elle ne trouve aucun moyen de s'exprimer autrement.

Toute la question est là : que faisons-nous de cette énergie ?

Uranus peut symboliser l'invention de nouvelles voies ; Jupiter, l'idéal et la recherche de sens ; Mars, la capacité à agir ; Vénus, ce qui mérite d'être préservé et partagé. Ces symboles ne déterminent pas les choix humains. Ils nous permettent plutôt de poser des questions sur les ressources dont une société dispose pour traverser ses tensions.

Une contestation peut ouvrir un espace de dialogue, faire émerger des idées et mobiliser des solidarités. Elle peut aussi s'enfermer dans l'affrontement. Entre les deux, il existe une responsabilité collective : entendre les revendications, examiner les réponses possibles, protéger les personnes et préserver les biens communs.

Quel monde voulons-nous transmettre ?

Nous ne pouvons pas demander aux jeunes de croire en l'avenir sans nous interroger sur la place que nous leur accordons dans le présent.

Nous ne pouvons pas leur enseigner la responsabilité sans leur permettre d'en exercer une part. Nous ne pouvons pas leur parler de liberté sans leur apprendre à respecter celle des autres. Et nous ne pouvons pas leur transmettre un héritage vivant si nous leur interdisons de le questionner.

L'astrologie nous invite ici à ne pas confondre transformation et destruction, affirmation de soi et domination, idéal et certitude absolue.

Le véritable enjeu n'est peut-être pas de savoir si le monde va éclater, mais de comprendre quelles tensions nous devons regarder en face pour éviter qu'elles ne se transforment en ruptures irréparables.

Une époque de changement nous oblige à choisir : reproduire les modèles par habitude, les rejeter par colère, ou prendre le temps d'en construire de nouveaux.

Et si notre responsabilité, en tant qu'adultes, était précisément de transmettre aux générations qui viennent non pas un monde parfait, mais les moyens de le rendre plus juste ?

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La jeunesse au seuil de son voyage initiatique : faut-il détruire le monde pour en inventer un autre ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Dans les récits initiatiques, le héros ne part pas toujours parce qu'il en a envie. Parfois, c'est le monde dans lequel il vit qui devient trop étroit. Les réponses qu'on lui a données ne suffisent plus. Les règles qu'il a apprises lui semblent injustes ou incompréhensibles. Il pressent qu'une autre voie est possible, sans savoir encore laquelle.

Alors commence le voyage.

Et si nous regardions la jeunesse actuelle à travers cette grille de lecture symbolique ?

Acte I — Le monde reçu

Tout héros commence quelque part. Il reçoit une histoire, des règles, des croyances, des traditions. Il apprend ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui est possible et ce qui ne le serait pas.

Les jeunes héritent eux aussi d'un monde qu'ils n'ont pas choisi : ses institutions, ses valeurs, ses promesses, mais également ses crises et ses contradictions.

Nous leur transmettons l'importance du travail, tout en leur parlant d'un avenir professionnel incertain. Nous leur enseignons le respect, la solidarité et la responsabilité, alors qu'ils peuvent observer autour d'eux des inégalités persistantes et des conflits qui semblent sans issue.

À un moment, une question surgit : ce monde que nous avons reçu des générations précédentes est-il vraiment celui que nous voulons poursuivre ?

Ce n'est pas nécessairement un rejet de l'héritage. C'est parfois le début d'une conscience.

Acte II — L'appel de l'inconnu

Dans le voyage initiatique, vient ensuite le moment où le héros ressent l'appel du changement. Il ne peut plus se contenter de reproduire ce qu'il a appris. Il veut comprendre par lui-même, éprouver ses convictions et découvrir ses propres réponses.

C'est ici que le symbolisme d'Uranus prend tout son sens : le besoin de liberté, l'éveil, la rupture avec les modèles devenus trop étroits et l'intuition qu'une autre organisation du monde est possible.

Jupiter, quant à lui, évoque la recherche de sens, l'idéal et le désir de croire en quelque chose qui dépasse les intérêts individuels.

Leur rencontre symbolique pose une question puissante : comment transformer le besoin de liberté en une vision nouvelle, et cette vision en un projet collectif ? Parce que se révolter contre ce qui existe n'indique pas encore ce que l'on souhaite construire.

Acte III — L'épreuve : que faire de sa colère ?

Aucun voyage initiatique ne se déroule sans épreuve. Le héros rencontre des obstacles, éprouve ses limites et découvre parfois que ses premières certitudes ne suffisent pas.

Pour une jeunesse confrontée à l'incertitude, au sentiment d'injustice ou à la difficulté de trouver sa place, l'épreuve peut prendre la forme d'une question douloureuse : comment agir lorsque l'on a le sentiment que les décisions essentielles se prennent sans soi ?

La colère peut alors devenir une énergie de mobilisation. Elle peut aussi se retourner contre les autres, conduire à la violence ou enfermer dans une opposition permanente.

Il serait trop simple de condamner toute contestation. Il serait tout aussi réducteur de considérer toute révolte comme juste ou nécessairement féconde.

L'épreuve véritable consiste peut-être à apprendre à distinguer ce que l'on veut voir disparaître de ce que l'on souhaite voir naître.

Acte IV — La transformation : du héros solitaire au collectif

Dans les histoires initiatiques, le héros ne triomphe pas uniquement grâce à sa force. Il apprend, rencontre des alliés, découvre des ressources qu'il ignorait et comprend progressivement que son parcours ne concerne pas que lui.

C'est aussi une possibilité pour la jeunesse : transformer le sentiment d'impuissance en initiatives, la colère en engagement, l'indignation en solidarité.

Créer, débattre, s'organiser, défendre une cause, imaginer d'autres manières d'apprendre, de travailler ou de vivre ensemble : autant de façons de passer de la contestation à la construction.

Uranus peut ici symboliser l'invention de nouvelles formes collectives ; Jupiter, la recherche d'un idéal capable de rassembler.

Mais rien n'est automatique. Une possibilité symbolique ne devient une réalité que par les choix, les actes et les relations humaines.

Et les adultes ont eux aussi un rôle à jouer : non pas écrire le scénario à la place des jeunes, mais leur donner les moyens de devenir acteurs de leur propre histoire.

Acte V — Le retour : que voulons-nous transmettre à notre tour ?

Le héros initiatique ne revient pas simplement au point de départ. Il a changé. Il porte un regard différent sur le monde reçu et peut désormais choisir ce qu'il souhaite en conserver, transformer ou abandonner.

C'est peut-être l'une des grandes questions posées par la jeunesse à notre société : Que ferons-nous de cet héritage ? Que garderons-nous de nos institutions, de nos valeurs et de nos traditions ? Que devons-nous réinventer pour rendre l'avenir plus juste, plus humain et plus habitable ?

La transmission n'est pas la reproduction à l'identique. Elle est un passage entre les générations, au cours duquel chacun reçoit, interroge et transforme. 

Les jeunes ne sont pas seulement les héritiers de notre monde. Ils peuvent en devenir les artisans, à condition que nous acceptions de leur laisser une place véritable.

Le voyage initiatique ne consiste pas à détruire le monde dont on vient. Il consiste à devenir suffisamment conscient pour choisir ce que l'on veut en faire.

Et peut-être est-ce là le véritable passage à l'âge adulte : comprendre que la liberté ne consiste pas seulement à refuser ce qui existe, mais aussi à prendre la responsabilité de ce que l'on contribue à faire naître.

Au bout du voyage, une question demeure pour chaque génération : Quel monde avons-nous reçu, quel monde sommes-nous en train de construire, et que transmettrons-nous à ceux qui viendront après nous ?

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Jupiter-Uranus : une jeunesse entre révolte, idéal et besoin de liberté

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Et si l'astrologie nous aidait à poser un autre regard sur la jeunesse ?

Dans la continuité de ma réflexion sur l'éducation et la transmission, j'ai envie de m'intéresser à ces jeunes qui grandissent dans un monde en pleine mutation. Que ressentent-ils ? Que refusent-ils ? Et surtout, à quoi aspirent-ils ?

En astrologie, certaines configurations planétaires nous invitent à réfléchir aux tensions entre l'ordre établi et le besoin de changement. Parmi elles, la rencontre de Jupiter et d'Uranus offre une lecture particulièrement intéressante.

⚡ Uranus, c'est l'éveil, la liberté, la rupture avec les habitudes et la volonté d'inventer d'autres possibles. Il questionne les règles devenues trop étroites et les modèles qui ne répondent plus aux aspirations d'une époque.

🌟 Jupiter, c'est l'élan, la confiance, la quête de sens et l'aspiration à un idéal. Il nous pousse à voir plus loin que notre situation immédiate, à croire en une idée, à défendre des valeurs et à rejoindre quelque chose qui nous dépasse.

Lorsque ces deux symboles se rencontrent, l'envie de changer le monde peut prendre une ampleur considérable. Il ne s'agit plus seulement de vouloir être libre pour soi, mais de chercher une liberté qui ouvre de nouvelles possibilités pour tous.

Mais cette énergie comporte aussi une tension. Quand l'idéal se heurte à la réalité, quand le besoin de liberté rencontre des portes fermées, quand le sentiment d'injustice devient trop fort, l'élan de transformation peut se changer en impatience, en rupture ou en révolte. Et lorsque la colère collective s'amplifie, elle peut parfois conduire à des actes destructeurs.

La même force qui pousse à briser peut aussi pousser à bâtir.

C'est là que se joue, symboliquement, une question essentielle : que faisons-nous de notre besoin de changement ?

Car Jupiter et Uranus peuvent aussi évoquer l'enthousiasme partagé, les idées nouvelles, les solidarités inattendues, l'engagement humaniste et la recherche d'une dimension spirituelle à l'existence.

La spiritualité, ici, ne se limite pas à la religion. Elle peut être le besoin de croire en quelque chose de plus grand que soi : une cause, une fraternité, une société plus juste, un avenir qui mérite que l'on s'engage.

Nous le voyons : la jeunesse ne se résume ni à la colère ni à la contestation. Elle est aussi traversée par des élans de générosité, de créativité, de ferveur et par le désir de donner du sens à sa vie.

Bien sûr, l'astrologie ne permet pas de prédire le comportement d'une génération ni d'expliquer à elle seule les tensions sociales. Elle nous propose un langage symbolique pour interroger les forces qui traversent une époque.

Et si la véritable question était finalement celle-ci : avons-nous transmis aux jeunes suffisamment de raisons d'espérer, mais aussi suffisamment de moyens d'agir ?

Nous leur demandons de préparer l'avenir. Mais leur permettons-nous de participer à sa construction ?

Peut-être notre responsabilité d'adultes consiste-t-elle à les aider à transformer leur révolte en engagement, leur idéal en projet, leur besoin de liberté en capacité de construire ensemble.

Il ne s'agit pas de leur demander de renoncer à changer le monde. Il s'agit de leur donner les moyens de le changer sans renoncer à l'humanité qui devrait nous relier.

✨ Briser les anciens modèles ne suffit pas. Encore faut-il inventer ceux qui pourront leur succéder.

Et c'est peut-être là que commence la véritable transmission.

Remarque : La conjonction Jupiter-Uranus a marqué le ciel de 2010, mais elle ne figure pas dans le thème natal de tous les enfants nés cette année-là. Pour analyser un thème individuel, il faut vérifier la date exacte et les positions planétaires.

#Astrologie #JupiterUranus #Jeunesse #Transmission #Conscience

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Et les jeunes, dans tout ça ? Quel monde leur transmettons-nous ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

Dans notre réflexion sur la transmission, nous nous sommes interrogés sur ce que nous souhaitions léguer à nos enfants : des connaissances, des valeurs, une culture, un patrimoine, mais aussi un monde dans lequel ils pourront trouver leur place. Nous avons beaucoup parlé de l'éducation, du rôle des parents, de celui de l'école et de la responsabilité des adultes.
Mais une question mérite à présent d'être posée : qu'en est-il des jeunes qui grandissent aujourd'hui dans notre société ? Que leur avons-nous transmis ? Et que souhaitent-ils, à leur tour, transmettre ou transformer ?

Prenons les jeunes nés autour de 2010. Ils sont encore au début de leur vie d'adulte, ou à l'aube de celle-ci. Ils ont grandi dans un monde marqué par les crises économiques, les inquiétudes environnementales, les incertitudes politiques et les interrogations sur l'avenir. En 2020, alors qu'ils avaient environ dix ans, la crise sanitaire a bouleversé leur quotidien. Les écoles ont fermé, les rencontres se sont raréfiées, les relations avec les amis ont été interrompues ou limitées. Pour certains, cette période a aussi été marquée par l'isolement et les difficultés familiales. D'autres ont ensuite connu, à leur entrée au collège, les moqueries et le cyberharcèlement associés au mot #Anti2010.

Bien sûr, tous n'ont pas vécu ces événements de la même manière. Mais peut-on vraiment demander à une génération de se construire sans nous intéresser au monde dans lequel elle a grandi ?

Aujourd'hui, nous parlons de crises, de transformations nécessaires, de sacrifices à consentir. Nous demandons aux jeunes de se former, de travailler, de devenir autonomes et de préparer l'avenir. Pourtant, beaucoup s'interrogent sur leur capacité à trouver un emploi, à accéder à un logement, à construire une vie indépendante et à envisager sereinement les années qui viennent. Nous leur parlons d'avenir, mais leur donnons-nous suffisamment de raisons d'y croire ?

Transmettre, ce n'est pas seulement apprendre aux jeunes à s'adapter au monde que nous leur laissons. C'est aussi leur permettre de participer à sa transformation.

Leur colère, lorsqu'elle s'exprime, ne dit pas nécessairement la même chose pour tous. Elle peut traduire un sentiment d'injustice, une inquiétude, le besoin d'être reconnu ou le désir de prendre part aux décisions qui concernent leur avenir. Il nous appartient de chercher à comprendre ce qui se joue, sans idéaliser la jeunesse ni réduire ses difficultés à une crise passagère.

Écouter ne signifie pas tout approuver. La violence et les dégradations peuvent être contestées, et les règles communes restent nécessaires. Mais condamner un comportement ne devrait jamais nous dispenser de nous interroger sur ce qui l'a précédé, sur les frustrations qu'il révèle parfois et sur les réponses que notre société est capable d'apporter.

Derrière les manifestations, les inquiétudes ou le silence de certains jeunes, il y a aussi des aspirations, des convictions, des engagements et une immense capacité à imaginer d'autres façons de vivre ensemble. Encore faut-il leur laisser la possibilité de s'exprimer et de prendre des initiatives.

Peut-être est-ce là l'un des grands enjeux de la transmission : ne pas seulement transmettre un héritage, mais donner à ceux qui le reçoivent les moyens de le questionner, de le faire évoluer et, si nécessaire, de le dépasser.

Nous ne pouvons pas leur demander de réparer seuls les difficultés d'un monde qu'ils n'ont pas construit. Nous pouvons, en revanche, leur transmettre des outils pour comprendre, débattre, coopérer et agir. Nous pouvons leur donner une place dans les décisions qui les concernent, prendre leurs questions au sérieux et accepter que leurs réponses ne soient pas toujours les nôtres.

Car les jeunes ne sont pas seulement les adultes de demain. Ils sont déjà les citoyens d'aujourd'hui.

Alors, au terme de cette réflexion sur la transmission, une dernière question s'impose : quel héritage voulons-nous vraiment leur laisser ? Un monde dont ils devront simplement supporter les contraintes, ou un monde auquel ils auront les moyens de contribuer ?

Transmettre, c'est aussi faire confiance à ceux qui viennent après nous. Non pas leur demander de reproduire notre monde à l'identique, mais leur donner les moyens d'en construire un qui soit plus juste, plus humain et plus habitable.

Nous avons reçu. Nous transformons. Nous transmettons.

Et peut-être devrions-nous commencer par une chose toute simple : leur demander ce qu'ils souhaitent, eux, transmettre à leur tour.

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Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

J'ai réalisé plusieurs articles sur ce blog en m'inspirant des grands courants de pensées et des auteurs clés : Platon (l'éducation comme un moyen d'élever l'âme des apparences sensibles vers la vérité et la justice pour bâtir une cité harmonieuse) ; Montaigne (privilégie un esprit bien fait plutôt qu'un esprit bien plein, valorisant le jugement critique sur l'accumulation de savoirs) ; Rousseau, "L'Émile" (fonde l'éducation moderne sur le respect de la nature de l'enfant et le développement de son autonomie) ; Kant (énonce que l'homme ne devient homme que par l'éducation, dont le but est d'apprendre à user de sa liberté tout en respectant la règle morale) : Hannah Arendt (insiste sur le rôle de l'adulte d'assumer une autorité garante de la protection du monde nouveau face aux jeunes générations)...etc.
 

La série comporte 9 parties indépendantes les unes des autres mais reliées par un fil conducteur  apportant une pensée d'ensemble :

  1. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ?
  2. Éduquer, est-ce remplir une tête ?
  3. Éduquer : adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?
  4. À quoi sert l'autorité à l'école ?
  5. L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?
  6. Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?
  7. Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?
  8. Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?
  9. Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir
Conclusion finale
Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir

En écrivant cette série sur l'éducation, une idée m'est venue. Nous avons beaucoup parlé de transmission. Transmettre des connaissances. Transmettre des valeurs. Transmettre des règles. Transmettre une histoire, une culture, une manière de regarder le monde.

Et puis je me suis demandé : Et si toute transmission reposait finalement sur la même responsabilité ? Celle de laisser quelque chose derrière soi.

Éduquer, c'est planter des graines

Lorsqu'un enfant arrive au monde, il n'est pas une terre vide. Il possède déjà sa personnalité, sa sensibilité, ses dispositions, sa manière singulière d'entrer en relation avec les autres et avec le monde. 

Mais cette terre a besoin d'être cultivée. L'éducation y dépose des graines, une parole, une règle, un encouragement, une limite, un savoir, une valeur, un exemple...Et toutes ces graines ne donneront pas nécessairement le même fruit.

L'enfant grandira. Il rencontrera d'autres personnes, d'autres cultures, d'autres idées, d'autres époques. Il pourra remettre en question ce qu'on lui a transmis. Et c'est heureux.

Mais ce qu'il aura reçu constituera malgré tout une partie de son socle. Si l'on plante de bonnes graines dans une terre que l'on prend le temps de cultiver, quelque chose pourra pousser. Pas nécessairement ce que nous avions imaginé. Mais quelque chose qui aura des racines.

À l'inverse, si nous ne plantons rien, si nous ne transmettons rien, si nous ne donnons aucun repère, il ne faut pas s'étonner que la terre soit plus difficile à cultiver. Et cela ne signifie pas qu'il faut tout décider à la place de l'enfant. Bien au contraire. Le rôle de celui qui plante n'est pas de décider à l'avance de la forme exacte de l'arbre. Il est de lui donner les conditions nécessaires pour qu'il puisse grandir.

Mais qu'est-ce que transmettre ?

C'est ici que la question devient plus large. Nous ne transmettons pas seulement à nos enfants, nous transmettons aussi à ceux qui viendront après nous. Et cela concerne quelque chose de beaucoup plus concret encore : le monde dans lequel ils vont vivre.

Nous parlons beaucoup de transmission éducative. Mais que transmettons-nous lorsque nous laissons derrière nous une planète abîmée ? Lorsque nous consommons sans nous demander ce qu'il restera. Lorsque nous détruisons sans réparer. Lorsque nous épuisons les ressources sans penser à ceux qui viendront après nous. Lorsque nous considérons que, puisque nous ne serons plus là, ce qui arrivera ensuite ne nous concerne plus.

Cela ressemble étrangement à une certaine manière de concevoir l'éducation : « Après moi, le déluge ».

Mais précisément, l'éducation devrait nous apprendre le contraire. Elle devrait nous apprendre que nous ne sommes jamais complètement seuls, que nos actes ont des conséquences, que ce que nous faisons aujourd'hui peut avoir des effets sur quelqu'un que nous ne connaissons même pas encore.

Nous ne vivons jamais seuls

Prenons quelque chose de très simple. On demande à un enfant de ne pas poser ses pieds sur la table. On pourrait lui dire : « Parce que c'est interdit ». Mais ce n'est pas très pédagogique. On peut aussi lui expliquer : « Parce que cette table est un espace que nous partageons. Tu poses tes chaussures dessus, elles sont sales parce qu'elles ont marché dehors. Ensuite quelqu'un d'autre viendra s'asseoir à cette place, manger à cette table. Ce que tu fais concerne donc aussi cette personne ». Tout change.

La règle n'est plus arbitraire. Elle prend un sens. Elle devient compréhensible. Elle devient une manière de prendre soin de l'espace commun. Et c'est précisément cela que l'éducation devrait apprendre : nous ne sommes pas seuls au monde. 

Notre liberté existe mais elle rencontre celle des autres. 

Nos gestes existent, mais ils ont des conséquences.

Nos choix nous appartiennent, mais ils peuvent toucher quelqu'un d'autre.

C'est pourquoi apprendre à vivre ensemble suppose aussi d'apprendre à mesurer les conséquences de ce que nous faisons.

Le bien commun commence dans les petites choses

Il est facile de parler du « bien commun » comme d'une grande idée abstraite. Mais il commence peut-être avec des choses toutes simples. 

Ne pas salir ce que les autres vont utiliser. 

Ne pas dégrader ce que nous n'avons pas construit. 

Respecter un lieu qui appartient à tous.

Prendre soin de ce que quelqu'un d'autre a payé, construit, entretenu.

Attendre son tour. Écouter. Ne pas empêcher l'autre de travailler. Ne pas confondre liberté et absence totale de contraintes.

Ce sont de petites choses mais elles apprennent quelque chose de fondamental : vivre en société, c'est accepter que le monde ne nous appartienne pas entièrement. 

Un lycée, une école, une bibliothèque, un jardin public, une rue, un espace naturel ne sont pas seulement des décors. Ce sont des espaces communs. Ils ont été construits, financés, entretenus par des générations d'êtres humains. Et lorsque nous les dégradons, nous ne faisons pas seulement disparaître un objet : nous abîmons quelque chose que nous avions reçu et que nous aurions dû transmettre à notre tour.

La même responsabilité : l'enfant et la planète

C'est peut-être là que l'éducation et la question climatique se rejoignent. Dans les deux cas, nous sommes face à quelque chose qui nous est confié. Un enfant n'est pas notre propriété. La planète non plus. Nous en sommes, pour un temps, les dépositaires. Nous pouvons transmettre des valeurs à un enfant mais nous devons aussi transmettre un monde habitable. Nous pouvons apprendre à un enfant à respecter les autres, mais nous devons aussi respecter ceux qui viendront après nous. Nous pouvons lui apprendre à ne pas gaspiller, mais nous devons nous-mêmes nous demander ce que nous gaspillons. Nous pouvons lui apprendre à prendre soin des choses communes, mais encore faut-il lui montrer que nous savons, nous aussi, en prendre soin. La transmission commence toujours par l'exemple.

Éduquer, c'est donc aussi répondre de demain

Peut-être est-ce cela qui donne à l'éducation sa dimension la plus profonde. Éduquer, ce n'est pas seulement préparer un enfant à vivre dans le monde : c'est aussi reconnaître que le monde que nous lui laisserons dépend en partie de ce que nous faisons aujourd'hui. Et c'est ici que la liberté prend tout son sens.

Être libre ne signifie pas pouvoir faire absolument tout ce que l'on veut. Être libre, c'est pouvoir choisir en comprenant que nos choix ont des conséquences. La véritable liberté n'est donc pas l'absence de limites : elle suppose au contraire une conscience des autres.

Je peux poser mes pieds sur cette table mais quelqu'un d'autre devra peut-être manger à cette place.

Je peux jeter ce déchet n'importe où, mais quelqu'un devra vivre avec les conséquences de ce geste.

Je peux dégrader un lieu commun, mais d'autres en auront besoin après moi.

Je peux consommer sans limite, mMais les générations qui viennent hériteront aussi de mes choix.

La limite n'est donc pas toujours l'ennemie de la liberté : elle peut être ce qui nous rappelle que nous ne sommes pas seuls.

Alors, que voulons-nous transmettre ?

Peut-être que cette question devrait accompagner toute éducation. Pas seulement : « Qu'allons-nous apprendre à nos enfants ? » Mais aussi : « Qu'allons-nous leur laisser ? », Quelles connaissances ? Quelles valeurs ? Quels repères ? Quel exemple ? Quel monde ?

Nous voudrions que les enfants de demain soient responsables, respectueux, attentifs aux autres mais ils apprennent aussi en nous regardant. Ils regardent ce que nous faisons de ce qui nous a été confié. Ils regardent comment nous traitons les autres. Comment nous traitons les lieux communs. Comment nous traitons la nature. Comment nous parlons de ceux qui sont différents. Comment nous assumons les conséquences de nos choix.

Alors peut-être que la transmission est une responsabilité beaucoup plus vaste que nous ne le pensons. 

Nous ne transmettons pas seulement ce que nous disons.

Nous transmettons ce que nous faisons.

Nous transmettons ce que nous tolérons.

Nous transmettons ce que nous protégeons.

Nous transmettons ce que nous détruisons.

Nous transmettons même ce que nous choisissons de ne pas transmettre.

Et un jour, ceux qui viennent après nous devront vivre avec tout cela. C'est peut-être pourquoi éduquer et prendre soin du monde relèvent finalement d'une même exigence : penser à celui qui vient après soi.

Planter aujourd'hui une graine dont nous ne verrons peut-être pas la fleur. Préserver aujourd'hui quelque chose dont nous ne profiterons peut-être pas nous-mêmes. Transmettre aujourd'hui une valeur dont nous ne saurons jamais exactement ce que l'autre fera, mais lui donner, malgré tout, quelque chose sur quoi il pourra construire.

Car nous ne sommes que de passage. Et ce que nous recevons de ceux qui nous ont précédés, nous avons à notre tour la responsabilité de le transformer, de l'enrichir et, lorsque cela est possible, de le transmettre en meilleur état à ceux qui viendront après nous.

Éduquer, c'est peut-être cela aussi : ne jamais oublier que nous sommes à la fois les héritiers d'un monde et les ancêtres de ceux qui vont y vivre.

Transmettre : ce que nous laissons derrière nous

Il y a encore une forme de transmission dont nous parlons moins lorsqu'il est question d'éducation : l'héritage. Ce que nous laisserons à ceux qui viendront après nous. Et là encore, la question n'est pas seulement matérielle.

Bien sûr, il y a les maisons, les objets, les livres, les terres, les économies, les souvenirs, les photographies. Tout ce qui constitue un patrimoine.

Mais il y a aussi une autre question : dans quel état allons-nous laisser ce que nous avons reçu ?

Et surtout : avons-nous pensé à préparer cette transmission ?

Transmettre de son vivant

Il existe quelque chose d'assez étrange dans notre rapport à l'héritage. Nous savons que nous ne sommes pas éternels. Nous savons qu'un jour, il faudra transmettre. Et pourtant, beaucoup de familles repoussent cette réflexion jusqu'au moment où elle devient urgente. On évite parfois de parler de la mort. On ne veut pas évoquer le partage. On pense que les c hoses se régleront bien. Que les enfants s'entendront. Qu'ils sauront quoi faire.

Et pourtant, lorsque rien n'a été préparé, ce qui aurait pu être un geste de transmission peut devenir une source de désaccord, de blessures et parfois de conflits durables.

Pourquoi attendre ? Préparer sa transmission n'est pas nécessairement penser à sa mort. C'est aussi prendre soin de ceux qui resteront. Mettre de l'ordre. Expliquer. Anticiper. Dire ce qui compte. Permettre à chacun de comprendre ce qui a été voulu. Et parfois, transmettre certaines choses alors que l'on est encore là, pour pouvoir les accompagner de paroles, d'histoires et de sens.

Car un objet transmis sans histoire n'a pas la même valeur qu'un objet accompagné d'un souvenir. Une maison n'est pas seulement des murs. Un livre n'est pas seulement du papier. Un bijou n'est pas seulement une matière précieuse. Une photographie n'est pas seulement une image. Nous transmettons aussi ce que ces choses représentent.

L'héritage ne commence pas après la mort

Peut-être faudrait-il même élargir notre conception de l'héritage. L'héritage commence bien avant le décès. Il commence chaque fois que nous transmettons quelque chose à quelqu'un : une recette, une histoire familiale, un savoir-faire, une bibliothèque, une maison, une œuvre, une valeur, une manière de regarder la vie Et même un simple objet peut devenir un morceau de mémoire.

C'est pourquoi transmettre de son vivant peut avoir une dimension profondément éducative. On ne donne pas seulement quelque chose. On explique pourquoi on le donne. On raconte d'où cela vient. On permet à celui qui reçoit de comprendre ce qu'il reçoit. Et peut-être même de décider, plus tard, ce qu'il voudra à son tour en faire.

Nous sommes tous des héritiers

Finalement, tout ce que nous avons évoqué dans cette série se rejoint ici. Nous sommes des héritiers. Nous avons reçu un monde que nous n'avons pas construit : des connaissances que nous n'avons pas inventées, des langues que nous n'avons pas créées, des valeurs que d'autres nous ont transmises, des lieux construits avant nous, une planète que nous n'avons pas créée, un patrimoine constitué avant notre naissance.

Et nous faisons ensuite quelque chose de tout cela. Nous conservons. Nous transformons. Nous améliorons parfois. Nous abîmons parfois. Nous transmettons.

Nous sommes donc à la fois héritiers et futurs ancêtres. 

Cette phrase change peut-être notre manière de regarder les choses. Nous ne sommes pas seulement les derniers maillons d'une chaîne. Nous sommes aussi les maillons intermédiaires. Ce que nous avons reçu ne s'arrête pas à nous.

Et c'est peut-être là que nos paroles prennent une autre résonance

Dans nos paroles, il peut y avoir cette invitation à ne pas confondre ce que nous possédons avec ce que nous sommes. À ne pas faire de l'accumulation une finalité. À comprendre que ce qui nous est donné peut aussi devenir une responsabilité. 

Et peut-être est-ce cela qui rejoint profondément la question de la transmission. Ce que nous possédons n'est pas seulement quelque chose dont nous pouvons jouir. C'est aussi quelque chose dont nous avons la charge. Une richesse. Un savoir. Une maison. Une terre. Un talent. Une parole. Un enfant. Un monde.

Tout cela nous est confié pour un temps.

Et la question n'est peut-être pas seulement : « Qu'est-ce que je vais en faire pour moi ? »

Mais aussi : « Qu'est-ce que je vais en laisser aux autres ? »

De l'éducation à l'héritage, une même responsabilité

C'est finalement ce qui relie toutes ces formes de transmission. 

Lorsque nous éduquons un enfant, nous lui transmettons un socle. 

Lorsque nous prenons soin de la planète, nous préservons un monde pour ceux qui viendront après nous.

Lorsque nous préparons notre héritage, nous organisons ce que nous laisserons à ceux qui nous survivront.

Dans les trois cas, nous devons accepter une chose essentielle : nous ne sommes pas le terme de l'histoire. Il y aura quelqu'un après nous et ce quelqu'un recevra ce que nous aurons laissé.

Alors peut-être que la véritable question de la transmission n'est jamais seulement : « Qu'est-ce que je vais donner ? »

Elle est aussi : « Dans quel état vais-je le donner ? »

Une terre fertile ou épuisée ? Un enfant armé pour penser ou privé de repères ? Une famille apaisée ou chargée de conflits non résolus ? Un patrimoine préparé et expliqué ou des biens laissés au hasard des circonstances ? Un monde habitable ou un monde dont nous aurons consommé toutes les ressources ? 

La transmission nous oblige ainsi à sortir de l'instant : elle nous oblige à regarder derrière nous. Mais surtout à regarder devant nous. Parce que ce que nous faisons aujourd'hui ne s'arrête pas nécessairement à aujourd'hui. Nous sommes les dépositaires de ce que nous avons reçu et les responsables de ce que nous allons laisser.

Et peut-être est-ce finalement cela, transmettre : ne pas seulement donner quelque chose à ceux qui viennent après nous, mais leur donner les meilleures conditions possibles pour en faire quelque chose à leur tour.

Alors oui, planter des graines. Cultiver la terre. Prendre soin du monde. Éduquer les enfants. Préparer son héritage. Transmettre ses valeurs. Tout cela appartient peut-être à une seule et même histoire : celle de l'être humain qui comprend enfin qu'il n'est pas seul, qu'il n'est pas le premier et qu'il ne sera pas le dernier.

Nous avons reçu. Nous transformons. Nous transmettons.

Et, un jour, ce sera à ceux qui viennent après nous de décider ce qu'ils feront de ce que nous leur avons confié.

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Ce que nous voulons vraiment transmettre

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

J'ai réalisé plusieurs articles sur ce blog en m'inspirant des grands courants de pensées et des auteurs clés : Platon (l'éducation comme un moyen d'élever l'âme des apparences sensibles vers la vérité et la justice pour bâtir une cité harmonieuse) ; Montaigne (privilégie un esprit bien fait plutôt qu'un esprit bien plein, valorisant le jugement critique sur l'accumulation de savoirs) ; Rousseau, "L'Émile" (fonde l'éducation moderne sur le respect de la nature de l'enfant et le développement de son autonomie) ; Kant (énonce que l'homme ne devient homme que par l'éducation, dont le but est d'apprendre à user de sa liberté tout en respectant la règle morale) : Hannah Arendt (insiste sur le rôle de l'adulte d'assumer une autorité garante de la protection du monde nouveau face aux jeunes générations)...etc.
 

La série comporte 9 parties indépendantes les unes des autres mais reliées par un fil conducteur  apportant une pensée d'ensemble :

  1. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ?
  2. Éduquer, est-ce remplir une tête ?
  3. Éduquer : adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?
  4. À quoi sert l'autorité à l'école ?
  5. L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?
  6. Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?
  7. Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?
  8. Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?
  9. Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir
Conclusion de la série

Ce que nous voulons vraiment transmettre

Nous voilà au terme des ces huit articles. Huit questions. 

Et peut-être, derrière elles toutes, une seule grande question : qu'est-ce que nous cherchons réellement à faire lorsque nous éduquons ?

Nous avons commencé par l'école. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ? Parce qu'il faut apprendre à lire, à écrire, à compter, bien sûr. Mais nous avons découvert que l'école ne transmet pas seulement des savoirs. Elle apprend aussi à lire le monde.

Puis une deuxième question s'est imposée : Éduquer, est-ce remplir une tête ?

Avec Montaigne, nous avons compris qu'une tête bien remplie ne suffit pas. Il faut apprendre à penser, à comparer, à juger, à questionner. Le savoir n'a de véritable valeur que lorsqu'il devient une capacité à comprendre.

Puis nous avons poursuivi : Faut-il adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?

Nous avons alors rencontré Rousseau, Kant et Arendt. L'enfant arrive dans un monde qui existait avant lui. Nous avons donc la responsabilité de lui transmettre ce monde. Mais nous ne pouvons pas lui demander de s'y conformer définitivement. Car le monde qu'il habitera sera aussi celui qu'il contribuera à transformer.

Alors s'est posée la question de l'autorité : À quoi sert l'autorité à l'école ?

Nous avons vu qu'un cadre n'est pas nécessairement une prison. Qu'une limite peut aussi protéger. Qu'une règle peut permettre la vie collective. 

Mais nous avons surtout découvert une exigence : l'autorité éducative devrait avoir pour horizon de devenir progressivement moins nécessaire. L'enfant obéit d'abord. Puis il comprend. Puis il questionne. Et, un jour, il devient capable de décider par lui-même.

Mais qui porte cette responsabilité éducative ? La famille ? L'école ? La société ? La réponse n'est pas si simple. L'enfant n'appartient à personne. Ni à sa famille. Ni à l'école. Ni à la société. Il est une personne en devenir, que plusieurs espaces ont la responsabilité d'accompagner. Et chacun de ces espaces transmet, qu'il le veuille ou non, une certaine manière de vivre ensemble.

Ce qui nous a conduits à une nouvelle question : Peut-on éduquer sans transmettre de valeurs ?

Probablement pas. Choisir ce que l'on enseigne, ce que l'on considère important, ce que l'on encourage ou ce que l'on interdit, c'est déjà transmettre une certaine vision de l'être humain et du monde. La véritable question n'est donc peut-être pas de savoir comment être neutre. Mais comment transmettre sans enfermer. Comment donner des repères sans imposer une pensée définitive. Comment permettre à celui qui reçoit de devenir, à son tour, capable de juger ce qu'il a reçu.

Et nous sommes alors arrivés à la question de la liberté : Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?

Une liberté qui ne serait pas simplement l'absence de règles. Une liberté qui suppose de comprendre, de choisir, de renoncer, d'assumer. Kant nous rappelle que devenir libre, c'est aussi apprendre à se gouverner soi-même. Et Rousseau nous rappelle qu'éduquer, c'est permettre à un être humain de devenir lui-même. La liberté n'est donc pas le contraire de l'éducation. Elle pourrait bien être son aboutissement.

Et nous sommes arrivés à notre dernière question : Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?

Peut-être pas celui qui sait tout. Pas celui qui obéit le mieux. Pas celui qui réussit le mieux. Pas même celui qui pense comme nous. Mais celui qui a progressivement acquis la capacité de penser, juger, choisir, agir et vivre avec les autres. Celui qui peut recevoir un héritage sans être prisonnier de cet héritage. Celui qui peut respecter le monde reçu tout en étant capable de le questionner. Celui qui peut être libre sans oublier que les autres le sont aussi.

Alors, si nous reprenons le chemin parcouru, quelque chose apparaît. L'éducation commence par une transmission. Elle passe par les savoirs. Elle apprend le jugement. Elle s'appuie sur un cadre. Elle se construit dans plusieurs espaces de responsabilité. Elle transmet nécessairement des valeurs. Elle conduit vers la liberté. 

Et son horizon pourrait être tout simplement celui-ci : faire grandir un être humain capable de prendre sa place dans le monde sans renoncer à devenir lui-même.

C'est peut-être cela qui relie Platon, Montaigne, Rousseau, Kant et Arendt, malgré les siècles qui les séparent. Ils ne nous donnent pas une méthode unique.

Ils nous obligent à poser une question plus fondamentale : quel être humain voulons-nous contribuer à faire naître ?

Et cette question nous concerne tous. Parce que nous avons tous été éduqués. Parce que nous avons tous reçu quelque chose. Des savoirs. Des règles. Des valeurs. Des interdits. Des croyances. Des habitudes. Des façons de regarder le monde. Et nous avons tous, à un moment ou à un autre, dû décider ce que nous allions en faire. Garder. Transformer. Refuser. Transmettre à notre tour.

C'est peut-être là que l'éducation devient véritablement humaine. Elle ne consiste pas à produire une copie. Elle consiste à mettre quelqu'un en capacité de devenir l'auteur de sa propre vie.

Et c'est pourquoi la dernière question de cette série ne peut pas être : « Avons-nous bien éduqué ? »

Elle serait peut-être plutôt : « Avons-nous donné à ceux qui viennent après nous suffisamment de savoirs pour comprendre, suffisamment de repères pour se construire, suffisamment de liberté pour choisir et suffisamment de confiance pour inventer la suite ? »

Car nous ne savons pas quel monde ils habiteront. Nous ne savons pas quelles questions ils auront à résoudre. Nous ne savons pas quelles connaissances leur seront nécessaires. 

Mais nous pouvons leur transmettre quelque chose de plus précieux encore : la capacité de continuer à apprendre, à penser et à choisir.

Alors peut-être que l'éducation réussie n'est pas celle qui prépare parfaitement à un monde que nous connaissons. C'est celle qui prépare à un monde que nous ne connaissons pas encore.

Et, finalement, c'est peut-être cela, éduquer : transmettre un monde sans prétendre en posséder l'avenir. Donner des racines. Donner des ailes. Et avoir, un jour, la sagesse de laisser partir celui ou celle que nous avons accompagné…avec la liberté de faire de ce qu'il ou elle a reçu quelque chose que nous n'aurions pas su imaginer.

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Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

J'ai réalisé plusieurs articles sur ce blog en m'inspirant des grands courants de pensées et des auteurs clés : Platon (l'éducation comme un moyen d'élever l'âme des apparences sensibles vers la vérité et la justice pour bâtir une cité harmonieuse) ; Montaigne (privilégie un esprit bien fait plutôt qu'un esprit bien plein, valorisant le jugement critique sur l'accumulation de savoirs) ; Rousseau, "L'Émile" (fonde l'éducation moderne sur le respect de la nature de l'enfant et le développement de son autonomie) ; Kant (énonce que l'homme ne devient homme que par l'éducation, dont le but est d'apprendre à user de sa liberté tout en respectant la règle morale) : Hannah Arendt (insiste sur le rôle de l'adulte d'assumer une autorité garante de la protection du monde nouveau face aux jeunes générations)...etc.
 

La série comporte 9 parties indépendantes les unes des autres mais reliées par un fil conducteur  apportant une pensée d'ensemble :

  1. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ?
  2. Éduquer, est-ce remplir une tête ?
  3. Éduquer : adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?
  4. À quoi sert l'autorité à l'école ?
  5. L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?
  6. Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?
  7. Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?
  8. Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?
  9. Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir

Les sept articles précédents ont posé les pièces : pourquoi éduquer, que transmettre, qui transmet, l'autorité, les valeurs, la liberté.

Ce 8ème et dernier article reprend tout cela et poser la grande question : qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?

Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?

Nous avons beaucoup parlé d'éducation. De connaissances. De transmission. D'autorité. De valeurs. De liberté. Mais au bout du compte, une question demeure. 

Une question qui semble simple et qui est peut-être la plus difficile de toutes : qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?

Est-ce quelqu'un qui a beaucoup de connaissances ? Quelqu'un qui réussit ses études ? Quelqu'un qui possède des diplômes ? Quelqu'un qui trouve facilement un emploi ? Quelqu'un qui respecte les règles ? Quelqu'un qui sait se débrouiller seul ? Ou peut-être est-ce encore autre chose.

Une bonne éducation se mesure-t-elle à ce que l'on sait ?

Nous avons vu avec Montaigne qu'une tête pleine ne suffit pas. On peut savoir beaucoup de choses sans savoir réfléchir. On peut avoir appris énormément sans être capable de distinguer une information d'une opinion. On peut connaître des réponses sans savoir poser les bonnes questions. 

Les connaissances sont indispensables. Mais elles ne constituent peut-être que la matière première de l'éducation.

Ce qui compte aussi, c'est ce que l'être humain devient capable de faire avec  elles. Comprendre. Relier. Questionner. Décider. Créer. Transmettre à son tour.

Le savoir devient alors quelque chose de vivant.

Platon : chercher la vérité

Pour Platon, l'éducation est un mouvement. Elle permet de sortir progressivement des apparences pour chercher ce qui est vrai et juste. Cette idée peut encore nous parler aujourd'hui. Être bien éduqué ne signifie pas tout savoir. Cela peut aussi signifier avoir appris à ne pas croire trop rapidement ce que l'on voit ou ce que l'on entend. Accepter de vérifier. Accepter de douter. Accepter que la réalité puisse être plus complexe que la première impression.

Dans un monde saturé d'informations, cette capacité devient particulièrement précieuse. Peut-être qu'un esprit éduqué n'est pas celui qui possède toutes les réponses. C'est celui qui sait reconnaître quand une réponse mérite d'être questionnée.

Montaigne : savoir juger

Avec Montaigne, nous retrouvons le jugement. Une personne bien éduquée n'est pas nécessairement celle qui répète correctement ce qu'on lui a appris. C'est celle qui est capable d'utiliser ce qu'elle a appris pour construire son propre jugement. Elle sait écouter. Comparer. Nuancer. Changer d'avis. Défendre une idée. Reconnaître qu'elle peut avoir tort.

Cette dernière capacité est peut-être l'une des plus difficiles. Parce qu'apprendre ne consiste pas seulement à ajouter de nouvelles connaissances. Il faut parfois accepter d'en abandonner certaines. Une pensée vivante est une pensée capable d'évoluer.

Rousseau : devenir soi-même

Avec Rousseau, une autre dimension apparaît. Une personne bien éduquée n'est pas seulement une personne adaptée à ce que la société attend d'elle. C'est aussi une personne qui a pu progressivement découvrir qui elle est. Ses goûts. Ses capacités. Ses limites. Ses aspirations. Ses différences. Son propre chemin. Cela ne signifie pas vivre en dehors des autres.

Au contraire. Cela signifie pouvoir entrer dans la vie collective sans devoir renoncer entièrement à soi-même. Éduquer ne devrait donc pas consister à fabriquer des individus identiques. Une société a besoin de personnes capables de vivre ensemble. Mais elle a aussi besoin de personnes capables d'apporter quelque chose de différent.

Kant : devenir autonome

Pour Kant, l'éducation conduit vers l'autonomie. Et cette idée nous permet de réunir beaucoup de choses que nous avons déjà rencontrées. Une personne autonome ne fait pas simplement ce qu'elle veut. Elle est capable de réfléchir à ses choix. Elle connaît certaines règles. Elle comprend pourquoi elles existent. Elle sait aussi les questionner lorsqu'il le faut. Elle peut prendre une décision. Et surtout, elle accepte d'en être responsable.

L'autonomie n'est donc pas l'absence de contraintes. C'est la capacité à se diriger soi-même.

Arendt : être capable de commencer

Avec Hannah Arendt, nous découvrons enfin une autre dimension. L'être humain bien éduqué n'est pas seulement celui qui sait vivre dans le monde que nous lui transmettons. Il doit aussi pouvoir y apporter quelque chose de nouveau. Chaque génération arrive dans un monde qu'elle n'a pas créé. Elle reçoit une histoire. Une culture. Des institutions. Des connaissances. Des erreurs aussi. Mais elle n'est pas condamnée à tout conserver. Elle peut commencer. Inventer. Transformer. Réparer. Créer.

C'est peut-être là que se trouve la dimension la plus belle de l'éducation : préparer quelqu'un à vivre dans un monde que nous ne connaîtrons pas.

Un être humain bien éduqué sait-il obéir ?

Oui. Parfois. Mais il sait aussi pourquoi. Il sait reconnaître l'autorité légitime. Il sait respecter les règles qui permettent à la vie commune d'exister. Mais il sait également qu'une règle peut être discutée. Il sait faire la différence entre désobéir par caprice et désobéir par conviction. Il sait que contester ne signifie pas nécessairement détruire. Et que respecter quelqu'un ne signifie pas être toujours d'accord avec lui.

Une personne bien éduquée n'est donc pas forcément docile. Elle est capable de jugement.

Sait-il être libre ?

Oui. Mais pas seulement au sens de faire ce qu'il veut. Il sait choisir. Il sait renoncer. Il sait attendre. Il sait mesurer les conséquences de ses actes. Il sait que sa liberté rencontre celle des autres. Il sait que certaines contraintes sont nécessaires. Et il sait aussi reconnaître celles qui ne le sont plus.

La liberté véritable demande donc une certaine discipline intérieure. Elle demande de pouvoir se dire : « Je pourrais le faire, mais je choisis de ne pas le faire. » Ou : « On m'a toujours dit de faire ainsi, mais après réflexion, je pense qu'il faut faire autrement. » Dans les deux cas, il y a un choix.

Sait-il vivre avec les autres ?

C'est peut-être finalement l'une des grandes finalités de l'éducation. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses seul. Mais nous ne vivons pas seuls. Nous devons apprendre à parler avec les autres. À écouter. À coopérer. À négocier. À accepter les différences. À exprimer un désaccord. À résoudre un conflit. À reconnaître nos torts. À respecter ceux qui ne nous ressemblent pas. Une personne très savante mais incapable de vivre avec les autres possède peut-être beaucoup de connaissances.

Mais est-elle véritablement bien éduquée ? La question mérite d'être posée.

Sait-il encore apprendre ?

Voici peut-être le critère le plus important. Parce qu'une personne peut quitter l'école sans jamais cesser d'apprendre. Et c'est peut-être cela que l'éducation devrait permettre. Ne pas seulement apprendre pendant l'enfance. Mais apprendre à apprendre. Rester curieux. Accepter de ne pas savoir. Chercher. Lire. Écouter. Observer. Rencontrer. Se remettre en question.

Une personne bien éduquée n'est donc pas celle qui considère qu'elle sait enfin tout ce qu'elle doit savoir. C'est peut-être celle qui conserve suffisamment de curiosité pour continuer à découvrir.

Et si l'éducation était une promesse ?

Au fil de cette série, une idée revient.  L'enfant reçoit. Puis il comprend. Puis il questionne. Puis il choisit. Puis il devient autonome. Et un jour, il transmet à son tour. 

L'éducation forme ainsi une chaîne entre les générations. Ce que nous avons reçu, nous le transformons. Ce que nous transformons, nous le transmettons. Et ceux qui viennent après nous feront de même.

Nous ne sommes donc jamais seulement les bénéficiaires de l'éducation. Nous sommes aussi ses dépositaires. Et, un jour, ses transmetteurs.

Alors, qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?

Peut-être quelqu'un qui sait beaucoup de choses. Mais surtout quelqu'un qui sait apprendre. Quelqu'un qui sait réfléchir. Mais aussi écouter.

Quelqu'un qui sait défendre ses convictions. Mais aussi reconnaître qu'il peut se tromper.

Quelqu'un qui respecte les règles. Mais qui sait pourquoi elles existent.

Quelqu'un qui est capable d'obéir lorsqu'il le faut. Mais aussi de dire non lorsqu'il le faut.

Quelqu'un qui connaît ses racines. Mais qui n'a pas peur de prendre un autre chemin.

Quelqu'un qui sait qu'il est libre. Mais qui n'oublie jamais que les autres le sont aussi.

Quelqu'un qui reçoit un monde. Et qui se sent suffisamment responsable pour en prendre soin.

Mais suffisamment libre pour essayer de le rendre meilleur.

Peut-être n'y a-t-il pas de réponse définitive

C'est peut-être la dernière leçon de cette réflexion. Il n'existe probablement pas de définition universelle et définitive de l'être humain « bien éduqué ». Parce que chaque époque pose de nouvelles questions. Chaque génération rencontre de nouveaux défis. Et chaque enfant est différent.

Mais nous pouvons peut-être conserver quelques exigences. Comprendre plutôt que répéter. Réfléchir plutôt que suivre aveuglément. Respecter sans renoncer à penser. Être libre sans oublier les autres. Recevoir un héritage sans y être enfermé. Savoir d'où l'on vient sans renoncer à devenir soi-même.

Et surtout : rester capable d'apprendre. 

Peut-être est-ce finalement cela, une éducation réussie. Non pas fabriquer un être humain parfait. Non pas fabriquer un citoyen modèle. Non pas fabriquer un adulte conforme aux attentes de son époque. Mais donner à un être humain suffisamment de connaissances pour comprendre, suffisamment de repères pour avancer, suffisamment de liberté pour choisir et suffisamment de discernement pour savoir ce qu'il veut faire de cette liberté.

Parce qu'au fond, nous n'éduquons pas seulement les enfants pour leur avenir. Nous leur confions aussi l'avenir du monde. 

Et peut-être que la véritable question n'est donc pas seulement : « Qu'allons-nous faire de nos enfants ? » Mais : « Quel monde voulons-nous être capables de leur transmettre ? »

Et surtout : « Que voulons-nous qu'ils soient libres d'en faire ? »

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Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

J'ai réalisé plusieurs articles sur ce blog en m'inspirant des grands courants de pensées et des auteurs clés : Platon (l'éducation comme un moyen d'élever l'âme des apparences sensibles vers la vérité et la justice pour bâtir une cité harmonieuse) ; Montaigne (privilégie un esprit bien fait plutôt qu'un esprit bien plein, valorisant le jugement critique sur l'accumulation de savoirs) ; Rousseau, "L'Émile" (fonde l'éducation moderne sur le respect de la nature de l'enfant et le développement de son autonomie) ; Kant (énonce que l'homme ne devient homme que par l'éducation, dont le but est d'apprendre à user de sa liberté tout en respectant la règle morale) : Hannah Arendt (insiste sur le rôle de l'adulte d'assumer une autorité garante de la protection du monde nouveau face aux jeunes générations)...etc.
 

La série comporte 9 parties indépendantes les unes des autres mais reliées par un fil conducteur  apportant une pensée d'ensemble :

  1. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ?
  2. Éduquer, est-ce remplir une tête ?
  3. Éduquer : adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?
  4. À quoi sert l'autorité à l'école ?
  5. L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?
  6. Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?
  7. Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?
  8. Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?
  9. Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir

Après avoir demandé quelles valeurs nous transmettons, il faut demander quelle liberté nous sommes prêts à laisser émerger.

Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?

Nous voulons que les enfants soient libres. Cette affirmation semble tellement évidente qu'on pourrait presque s'arrêter là. Mais dès que l'on pose la question autrement, les choses deviennent plus compliquées :

De quelle liberté parlons-nous ?

La liberté de choisir ? De parler ? De penser ? De se tromper ? De désobéir ? De devenir différent de ses parents ? De refuser ce qu'on lui propose ? 

Et surtout : un enfant peut-il être libre sans avoir appris ce que signifie être libre ? Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? C'est probablement la première confusion à écarter.

Si être libre signifie simplement faire tout ce que l'on veut, alors l'enfant le plus capricieux serait peut-être le plus libre. Il veut le jouet. Il le prend. Il veut rester éveillé. Il refuse d'aller dormir. Il veut interrompre les autres. Il parle. Il veut traverser la rue. Il avance. 

Mais nous savons bien que cette liberté là rencontre rapidement une réalité : les autres existent. Et leurs libertés aussi.

Je peux vouloir parler. Mais quelqu'un d'autre peut vouloir être entendu.

Je peux vouloir courir. Mais quelqu'un d'autre peut avoir besoin de sécurité.

Je peux vouloir obtenir quelque chose. Mais cela ne signifie pas que je peux le prendre à quelqu'un d'autre.

La liberté ne consiste donc pas simplement à supprimer les limites : elle suppose d'apprendre à vivre avec elles.

Pourquoi les limites sont-elles nécessaires ?

C'est peut-être l'un des grands paradoxes de l'éducation. Pour devenir libre, l'enfant rencontre des interdits. Pour apprendre à choisir, il découvre qu'il ne peut pas tout avoir. Pour devenir autonome, il commence par dépendre des adultes. Pour apprendre à penser par lui-même, il rencontre d'abord les pensées des autres.

La limite peut donc avoir deux visages. Elle peut être une barrière qui empêche de grandir mais elle peut aussi être un cadre qui permet de grandir.

Une route sans aucune limite ne serait pas nécessairement plus libre, elle pourrait simplement être plus dangereuse.

Une maison sans murs n'offrirait pas nécessairement davantage de liberté, elle n'offrirait peut-être plus de protection.

Une page blanche sans aucune règle n'est pas toujours plus facile à remplir qu'une page sur laquelle on dispose déjà d'un cadre.

La limite n'est donc pas toujours l'ennemie de la liberté. Parfois, elle en est la condition.

Kant : apprendre à se gouverner soi-même

On retrouve ici Kant. Pour lui, devenir libre ne consiste pas à échapper à toute règle. Il s'agit progressivement de devenir capable de se servir de sa raison et de se donner à soi-même des principes d'action.

Autrement dit, la véritable autonomie ne consiste pas à dire : « Personne ne peut me dire quoi faire. »

Elle consiste davantage à pouvoir dire : « Je suis capable de réfléchir à ce que je fais et d'en assumer les conséquences.» 

C'est une conception beaucoup plus exigeante de la liberté. Elle demande de la connaissance, du jugement, de la responsabilité et parfois même du courage.

La liberté commence-t-elle avec le droit de dire non ? 

Certainement.

Un enfant doit pouvoir apprendre qu'il peut exprimer un désaccord. Dire : « Je ne suis pas d'accord. », « Je ne comprends pas. », « Je pense autrement. », « Je trouve cette règle injuste. ». Ces phrases sont précieuses. Elles permettent progressivement à l'enfant de découvrir qu'il n'est pas simplement un être qui doit obéir.

Mais apprendre à dire non ne suffit pas. Il faut aussi apprendre à expliquer pourquoi, à écouter la réponse, à accepter qu'un désaccord ne conduise pas nécessairement à avoir raison.

La liberté d'expression devient alors aussi une éducation à la discussion.

Et si l'enfant choisissait quelque chose que nous n'aurions pas choisi ?

C'est probablement là que la liberté devient réellement difficile pour les adultes. Il est relativement facile de dire : « Je veux que mon enfant soit libre » lorsque sa liberté l'amène exactement là où nous espérions qu'il aille.

Mais que se passe-t-il lorsqu'il choisit autrement ? Une autre profession, une autre manière de vivre, une autre manière de penser. D'autres goûts, d'autres convictions. Un autre chemin.

À partir de quel moment notre volonté de protéger devient-elle une volonté de décider à sa place ? C'est une question difficile parce que l'amour peut rendre la frontière floue. Nous voulons éviter à l'enfant certaines erreurs. Nous voulons lui épargner certaines souffrances. Nous voulons lui transmettre ce que nous avons appris. Mais l'expérience ne se transmet jamais entièrement. Certaines choses doivent être découvertes.

Rousseau et le droit de devenir soi-même

La pensée de Rousseau prend ici tout son sens. Respecter la nature de l'enfant, ce n'est pas le laisser sans éducation. C'est reconnaître qu'il existe en lui une personne qui doit progressivement devenir elle-même. 

L'éducation ne devrait donc pas seulement demander : « Que voulons-nous faire de cet enfant ? ». Elle devrait aussi demander : « Qui est-il en train de devenir ? ». La différence est immense.

Dans le premier cas, l'enfant risque de devenir le projet des adultes. Dans le second, il devient progressivement le sujet de sa propre existence.

Peut-on donner trop de liberté ?

Oui. Une liberté sans accompagnement peut devenir une autre forme d'abandon. Dire à un enfant : « Tu es libre, fais ce que tu veux » peut sembler généreux. Mais que fait-il de cette liberté s'il ne possède pas encore les connaissances nécessaires pour choisir ? Comment décide-t-il s'il ne connaît pas les conséquences possibles ? Comment distingue-t-il une envie d'un besoin ? Comment résiste-t-il à une influence s'il n'a pas appris à reconnaître cette influence ?

La liberté suppose donc des outils et ces outils, précisément, sont en partie ceux que l'éducation doit transmettre.

On ne naît pas libre au sens plein du terme. On apprend à exercer sa liberté.

L'autorité et la liberté ne sont donc pas forcément opposées

Nous retrouvons ici ce que nous évoquions dans l'article précédent. L'autorité éducative peut sembler s'opposer à la liberté. Mais si elle a pour objectif de rendre progressivement l'enfant capable de se gouverner lui-même, elle peut en être l'une des conditions. 

L'adulte dit parfois : « Non. » Puis il explique. L'enfant proteste. Il discute. Il comprend. Il grandit. Et un jour, il n'a plus besoin que l'adulte lui dise non. Il sait lui-même pourquoi il ne doit pas faire certaines choses. Et il sait aussi quand une règle mérite d'être questionnée. C'est là que l'autorité a réussi son travail. Elle a produit de l'autonomie.

Hannah Arendt : la liberté de commencer quelque chose de nouveau

La pensée d'Hannah Arendt apporte ici une dimension particulièrement belle. Chaque naissance introduit dans le monde quelqu'un qui n'était pas là auparavant. Un être nouveau avec la possibilité de commencer quelque chose.

L'éducation doit donc transmettre le monde existant mais elle doit aussi préserver cette capacité de commencer. Cela signifie que nous ne pouvons pas savoir exactement ce que les enfants feront de ce que nous leur transmettons. Et nous ne devons peut-être pas chercher à le savoir. Car si nous savions à l'avance ce qu'ils deviendront, l'éducation risquerait de devenir une fabrication.

Or un enfant n'est pas un objet que l'on fabrique : c'est un être humain qui arrive avec la possibilité de créer du nouveau.

La liberté de se tromper

Il existe aussi une liberté dont nous parlons moins : la liberté de se tromper.

Nous aimerions parfois protéger les enfants de toutes leurs erreurs. Mais une vie sans erreur serait-elle réellement une vie libre ? Se tromper permet de comprendre. Essayer permet de découvrir. Échouer permet parfois d'apprendre ce qui ne fonctionne pas. Changer d'avis permet de constater qu'une pensée peut évoluer. 

L'éducation ne devrait évidemment pas laisser l'enfant subir toutes les conséquences de ses choix mais elle peut lui permettre progressivement d'expérimenter, de faire des choix adaptés à son âge, de prendre certains risques mesurés, de découvrir par lui-même.

La liberté ne se transmet pas comme une leçon. Elle se pratique.

Jusqu'où laisser partir ?

C'est peut-être la question la plus difficile pour les parents et les éducateurs. Quand faut-il intervenir ? Quand faut-il laisser faire ? Quand faut-il protéger ? Quand faut-il laisser expérimenter ? Quand faut-il dire non ? Quand faut-il accepter que l'enfant décide autrement ? 

Il n'existe probablement pas de règle universelle parce que l'éducation est aussi un art de l'ajustement. Ce qui protège un enfant de six ans peut devenir une contrainte inutile pour un adolescent. Ce qui est impossible aujourd'hui pourra devenir possible demain. L'autonomie se construit progressivement. La liberté aussi.

Une liberté qui n'oublie pas les autres

Enfin, il existe une dernière dimension. Nous ne pouvons pas apprendre aux enfants à être libres sans leur apprendre que les autres le sont aussi. Ma liberté rencontre celle de mon voisin. Mon opinion rencontre celle d'un autre. Mon désir rencontre parfois le besoin de quelqu'un d'autre. Vivre librement dans une société suppose donc aussi de savoir composer avec les libertés qui ne sont pas les nôtres.

La liberté n'est pas seulement : « Je fais ce que je veux. »

Elle peut devenir : « Je suis capable de choisir ce que je fais, en sachant que mes choix ont des conséquences pour moi et parfois pour les autres. »

C'est une liberté beaucoup plus grande et beaucoup plus exigeante.

Finalement, quelle liberté voulons-nous donner ?

Peut-être que nous ne devrions pas demander : « Comment donner davantage de liberté aux enfants ? »

Mais plutôt : « Comment leur donner les moyens de devenir suffisamment autonomes pour exercer leur liberté ? »

Car une liberté sans connaissances peut être manipulée. Une liberté sans jugement peut devenir impulsivité. Une liberté sans responsabilité peut devenir indifférence aux autres. Une liberté sans repères peut devenir vertige. Mais une liberté accompagnée par le savoir, le jugement et la responsabilité devient autre chose. Elle devient autonomie.

Et peut-être est-ce finalement cela que nous souhaitons pour les enfants. Pas qu'ils restent éternellement libres sous notre regard. Pas qu'ils reproduisent nos choix. Pas même qu'ils deviennent exactement ce que nous avions imaginé. Mais qu'un jour, lorsqu'ils seront devenus adultes, ils puissent nous dire : « Merci pour ce que vous m'avez transmis. Maintenant, je vais choisir ce que j'en fais. » Et peut-être qu'à cet instant précis, l'éducation aura véritablement atteint son but.

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Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

J'ai réalisé plusieurs articles sur ce blog en m'inspirant des grands courants de pensées et des auteurs clés : Platon (l'éducation comme un moyen d'élever l'âme des apparences sensibles vers la vérité et la justice pour bâtir une cité harmonieuse) ; Montaigne (privilégie un esprit bien fait plutôt qu'un esprit bien plein, valorisant le jugement critique sur l'accumulation de savoirs) ; Rousseau, "L'Émile" (fonde l'éducation moderne sur le respect de la nature de l'enfant et le développement de son autonomie) ; Kant (énonce que l'homme ne devient homme que par l'éducation, dont le but est d'apprendre à user de sa liberté tout en respectant la règle morale) : Hannah Arendt (insiste sur le rôle de l'adulte d'assumer une autorité garante de la protection du monde nouveau face aux jeunes générations)...etc.
 

La série comporte 9 parties indépendantes les unes des autres mais reliées par un fil conducteur  apportant une pensée d'ensemble :

  1. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ?
  2. Éduquer, est-ce remplir une tête ?
  3. Éduquer : adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?
  4. À quoi sert l'autorité à l'école ?
  5. L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?
  6. Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?
  7. Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?
  8. Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?
  9. Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir

Après avoir parlé de ce que l'école transmet et de l'autorité de ceux qui transmettent, on pose la question de fond : qui est responsable de l'éducation d'un enfant ?

Le 5ème article pose la question de qui transmet. 
Ce 6ème article demande ce que nous transmettons.

Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?

Nous aimons parfois imaginer l'éducation comme une transmission objective. On apprend à un enfant à lire. On lui apprend les mathématiques. On lui enseigne l'histoire, les sciences, les langues. Tout cela semble relever du savoir. Des faits. Des connaissances que l'on pourrait transmettre sans prendre position. 

Mais est-ce vraiment possible ? Car dès que nous choisissons ce que nous allons enseigner, nous faisons déjà un choix. Et derrière ce choix se trouve une certaine idée de ce qui est important.

Alors une question apparaît : peut-on réellement éduquer sans transmettre de valeurs ?

Une éducation parfaitement neutre existe-t-elle ?

Imaginons une école qui déciderait de ne transmettre aucune valeur. Elle enseignerait uniquement des faits. Des dates. Des formules. Des règles de grammaire. Des connaissances scientifiques.

Mais elle ne dirait jamais ce qui est bien ou mal. Elle ne parlerait jamais de justice, de respect, de responsabilité ou de liberté. Elle ne présenterait aucune conception de la vie collective.

Serait-elle véritablement neutre ? Même cette école aurait fait des choix. Elle aurait décidé que les mathématiques sont importantes. Que l'histoire mérite d'être étudiée. Que la connaissance vaut la peine d'être recherchée. Que l'esprit rationnel mérite d'être développé. Que l'enfant doit apprendre.

Autrement dit : même le refus de transmettre des valeurs transmet déjà certaines valeurs.

Ce que nous choisissons d'enseigner dit quelque chose de nous

Une société pourrait consacrer énormément de temps à l'enseignement de la musique. Une autre privilégierait les sciences. Une autre l'apprentissage du travail manuel. Une autre encore accorderait une place centrale à la philosophie.

Ces choix ne sont pas seulement pédagogiques. Ils révèlent une certaine conception de l'être humain. Qu'est-ce qu'une personne cultivée ? Qu'est-ce qu'une personne utile ? Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Qu'est-ce qu'un bon citoyen ? Qu'est-ce qui mérite d'être conservé ? Qu'est-ce qui peut être remis en question ? Derrière les programmes scolaires se cachent donc toujours des choix de société.

Platon : éduquer pour former des citoyens

Chez Platon, cette dimension est particulièrement visible. L'éducation n'est pas une affaire purement individuelle. Elle participe à la construction de la cité. Il faut former des êtres capables de distinguer le juste de l'injuste, le vrai du faux, le bien de ce qui ne l'est pas. L'éducation possède donc une dimension morale et politique. Elle contribue à déterminer le type de société dans lequel les individus pourront vivre ensemble. Cela peut nous sembler évident.

Mais cela pose immédiatement une question : qui décide de ce qui est juste ?

La difficulté commence ici

Dire que l'éducation transmet des valeurs est relativement simple. Mais lesquelles ? Le respect ? La liberté ? L'égalité ? L'autorité ? La solidarité ? La responsabilité ? La réussite ? L'effort ? La tolérance ? La vérité ? Et que faisons-nous lorsque deux valeurs entrent en contradiction ?

Prenons la liberté et la sécurité. Nous voulons que les enfants soient libres. Mais nous voulons aussi les protéger. Nous voulons leur apprendre à exprimer leur opinion. Mais nous voulons également leur apprendre à écouter celle des autres. Nous voulons développer leur individualité. Mais nous devons aussi leur apprendre à vivre avec les autres. 

L'éducation est donc souvent l'art de faire coexister des valeurs qui peuvent entrer en tension.

Montaigne : apprendre à juger

La pensée de Montaigne nous apporte ici une piste intéressante. Si nous ne pouvons pas éviter de transmettre des valeurs, nous pouvons peut-être transmettre quelque chose qui permettra à l'enfant de les examiner. Le jugement. La capacité à comparer, à réfléchir, à prendre de la distance, à ne pas considérer automatiquement comme vrai ce que l'on nous a dit.

Cela change profondément la manière de concevoir la transmission. Le rôle de l'éducation ne serait pas seulement de dire : « Voici ce qui est bien. » Il pourrait aussi être : « Voici les raisons pour lesquelles certains considèrent cela comme bien. À toi maintenant de réfléchir. »

Peut-on transmettre une valeur sans imposer une pensée ?

C'est probablement l'une des difficultés majeures de l'éducation. Si nous disons à un enfant : « Il faut respecter les autres », nous lui transmettons une valeur. Mais nous pouvons aussi lui demander : Pourquoi faut-il respecter les autres ? Qu'est-ce que le respect ? Respecter signifie-t-il être toujours d'accord ? Peut-on respecter quelqu'un tout en contestant ce qu'il dit ? Que faire lorsqu'une personne ne nous respecte pas ?

Ces questions ne détruisent pas la valeur. Au contraire. Elles permettent de la comprendre. Une valeur que l'on comprend peut devenir une conviction. Une valeur que l'on répète sans la comprendre risque de rester une formule.

Kant : la morale ne peut pas être seulement une obéissance

On retrouve ici Kant. Pour lui, agir moralement ne consiste pas simplement à faire ce qu'une autorité nous ordonne. 

Il y a une différence entre : « Je fais cela parce qu'on me l'a demandé » et « Je comprends pourquoi cette règle doit s'appliquer et je choisis de la respecter. » La première situation relève de l'obéissance. La seconde implique davantage d'autonomie. Et c'est précisément ce que l'éducation devrait permettre : passer progressivement d'une morale reçue de l'extérieur à une capacité de jugement personnel.

Mais l'enfant peut-il choisir toutes ses valeurs ?

La question inverse mérite également d'être posée. On entend parfois qu'il faudrait laisser l'enfant construire entièrement ses propres valeurs. Mais est-ce réellement possible ?

Un enfant ne grandit jamais dans le vide. Il rencontre forcément des adultes, une famille, une école, une culture, une langue, une histoire, des œuvres, des règles, des comportements.

Même si nous décidions de ne rien lui transmettre volontairement, il apprendrait tout de même quelque chose de notre manière de vivre. L'enfant apprend aussi par imitation. Il observe comment nous traitons les autres. Comment nous réagissons lorsque nous avons tort. Comment nous parlons de ceux qui ne nous ressemblent pas. Comment nous nous comportons lorsque personne ne nous oblige à être corrects.  L'exemple est lui aussi une forme d'éducation.

Les enfants regardent ce que nous faisons

Nous pouvons expliquer pendant une heure à un enfant qu'il faut écouter les autres. Puis lui montrer chaque jour que nous coupons la parole à ceux qui ne pensent pas comme nous.

Nous pouvons lui parler du respect. Puis l'humilier lorsqu'il commet une erreur.

Nous pouvons lui dire que le travail est important. Puis lui expliquer que seule la réussite compte.

Nous pouvons lui apprendre à dire la vérité. Puis lui montrer que certaines vérités deviennent soudain moins importantes lorsqu'elles nous arrangent.

L'enfant reçoit alors deux messages. Celui que nous prononçons. Et celui que nous incarnons. Lequel retiendra-t-il ? Probablement les deux. 

C'est pourquoi l'éducation ne passe jamais uniquement par les discours. Nous transmettons aussi ce que nous sommes.

Hannah Arendt : préserver un monde commun

Chez Hannah Arendt, cette question prend encore une autre dimension. Si nous transmettons le monde aux nouvelles générations, nous transmettons nécessairement une histoire, une culture et des références communes. Mais cela ne signifie pas que nous devons transmettre le monde comme s'il était parfait.

Au contraire. Nous pouvons transmettre l'histoire avec ses réussites et ses catastrophes. Les œuvres avec leurs beautés et leurs contradictions. Les institutions avec leurs forces et leurs faiblesses. Les idées avec ce qu'elles ont permis de comprendre et les erreurs qu'elles ont parfois produites.

Transmettre ne signifie donc pas glorifier. On peut transmettre un héritage tout en apprenant à l'interroger.

Faut-il apprendre ce qui est bon ?

Peut-être. Mais il faut également apprendre à se demander pourquoi nous considérons quelque chose comme bon.

C'est ce qui distingue l'éducation morale de l'endoctrinement. L'endoctrinement cherche à fermer la question. L'éducation peut transmettre une valeur tout en laissant ouverte la possibilité de la comprendre, de la discuter et parfois même de la faire évoluer.

C'est une nuance essentielle.

Dire à un enfant : « Tu dois penser comme moi » n'est pas la même chose que lui dire : « Voici ce que nous considérons comme important. Voilà pourquoi. Maintenant, apprends à réfléchir par toi-même. » Dans le second cas, la transmission devient une invitation au jugement.

Et si nos valeurs évoluaient ?

Il existe une autre difficulté. Les valeurs d'une société ne sont pas immobiles. Ce que certaines générations considéraient comme évident peut être remis en question par les suivantes. Des comportements autrefois acceptés peuvent devenir inacceptables. Des droits qui semblaient réservés à certains peuvent être reconnus à tous. Des conceptions de l'autorité peuvent changer. Des manières de vivre ensemble peuvent évoluer.

Est-ce une perte ? Pas nécessairement. Cela peut aussi être le signe qu'une société continue de réfléchir sur elle-même. C'est peut-être justement le rôle des nouvelles générations : recevoir, comprendre, questionner et parfois transformer.

Alors, faut-il transmettre des valeurs ?

Peut-être que la question n'est finalement pas : « Faut-il transmettre des valeurs ? ». Nous le faisons de toute façon.

La véritable question serait plutôt : « Comment transmettre des valeurs sans empêcher celui qui les reçoit de penser par lui-même ? »

C'est beaucoup plus difficile. Et beaucoup plus exigeant. Cela demande aux adultes de connaître leurs propres valeurs, de pouvoir expliquer pourquoi ils les défendent, d'accepter qu'elles puissent être discutées et parfois de reconnaître qu'ils ont eux-mêmes quelque chose à apprendre.

Une éducation qui donne des racines et des ailes

Peut-être pourrait-on finalement définir l'éducation comme un équilibre entre deux besoins : donner des racines parce qu'un enfant a besoin de repères, d'une histoire, d'une culture, d'une langue, de valeurs et d'un monde auquel se rattacher. Mais aussi donner des ailes parce qu'il doit pouvoir penser, choisir, créer et devenir quelqu'un que nous n'avions pas prévu.

Les racines sans les ailes peuvent enfermer. Les ailes sans les racines peuvent laisser sans repères. L'éducation cherche peut-être précisément à tenir les deux ensemble. Transmettre sans emprisonner. Protéger sans empêcher de grandir. Donner des repères sans imposer un chemin unique. Apprendre à respecter certaines valeurs tout en apprenant à les interroger.

Et finalement, accepter cette idée magnifique : nous ne savons pas exactement qui deviendront les enfants que nous éduquons. Et c'est peut-être heureux. Car éduquer ne consiste pas à fabriquer quelqu'un à notre image : c'est transmettre suffisamment pour qu'un être humain puisse ensuite devenir lui-même.

Et cette question nous conduit naturellement à la suivante : si nous voulons qu'un enfant devienne lui-même, quelle liberté sommes-nous réellement prêts à lui donner ?

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L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?

Publié le par Sophie Richard-Lanneyrie

J'ai réalisé plusieurs articles sur ce blog en m'inspirant des grands courants de pensées et des auteurs clés : Platon (l'éducation comme un moyen d'élever l'âme des apparences sensibles vers la vérité et la justice pour bâtir une cité harmonieuse) ; Montaigne (privilégie un esprit bien fait plutôt qu'un esprit bien plein, valorisant le jugement critique sur l'accumulation de savoirs) ; Rousseau, "L'Émile" (fonde l'éducation moderne sur le respect de la nature de l'enfant et le développement de son autonomie) ; Kant (énonce que l'homme ne devient homme que par l'éducation, dont le but est d'apprendre à user de sa liberté tout en respectant la règle morale) : Hannah Arendt (insiste sur le rôle de l'adulte d'assumer une autorité garante de la protection du monde nouveau face aux jeunes générations)...etc.

La série comporte 9 parties indépendantes les unes des autres mais reliées par un fil conducteur  apportant une pensée d'ensemble :

  1. Pourquoi envoyons-nous nos enfants à l'école ?
  2. Éduquer, est-ce remplir une tête ?
  3. Éduquer : adapter l'enfant au monde ou lui permettre de le transformer ?
  4. À quoi sert l'autorité à l'école ?
  5. L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?
  6. Peut-on éduquer sans transmettre des valeurs ?
  7. Quelle liberté voulons-nous donner aux enfants ?
  8. Qu'est-ce qu'un être humain bien éduqué ?
  9. Ce que nous transmettons : des graines, un monde et un avenir

Les articles 4 et 5 posent le cadre collectif avant d'arriver aux valeurs de la liberté et, finalement, quel humain voulons-nous former ?

Après avoir parlé de ce que l'école transmet et de l'autorité de ceux qui transmettent, on pose la question de fond : qui est responsable de l'éducation d'un enfant ?

L'éducation appartient-elle à la famille, à l'école ou à la société ?

Lorsqu'un enfant naît, il appartient d'abord à une famille. Il y apprend ses premiers mots, ses premières habitudes, ses premières règles. Il découvre ce qui fait rire, ce qui fait peur, ce qui est permis, ce qui ne l'est pas. Il apprend à parler, à entrer en relation, à faire confiance.

Puis vient l'école. Un autre monde s'ouvre, d'autres adultes, d'autres enfants, d'autres règles, d'autres connaissances, d'autres façons de penser. Et, progressivement, l'enfant découvre qu'il n'appartient pas seulement à une famille. Il appartient aussi à une société.

Alors une question apparaît : à qui appartient l'éducation d'un enfant ? Aux parents ? À l'école ? À l'État ? À la société tout entière ?

Les parents sont-ils les premiers éducateurs ?

La famille est évidemment le premier lieu d'éducation. Avant même de savoir lire ou écrire, un enfant apprend déjà énormément. Il apprend une langue, une manière de communiquer, des habitudes, des valeurs. Une certaine relation aux autres. Une façon de regarder le monde. 

Et cette éducation ne passe pas uniquement par des discours. Elle passe par les gestes, les comportements, les exemples. Un enfant observe ce que font les adultes bien davantage qu'il n'écoute ce qu'ils disent. 

La famille transmet donc une première vision du monde mais elle ne peut pas tout transmettre. Et surtout, elle n'est pas le seul monde auquel l'enfant devra appartenir.

Pourquoi avons-nous créé l'école ?

Si la famille suffisait à tout, l'école n'aurait peut-être jamais été nécessaire. Mais une société possède des connaissances qui dépassent largement ce qu'une seule famille peut transmettre. L'histoire d'un pays. Les sciences. Les mathématiques. La littérature. Les langues. Les arts. Les connaissances techniques. Les règles de la vie collective.

L'école organise donc une partie de cette transmission. Elle fait entrer l'enfant dans un patrimoine qui ne lui appartient pas personnellement. Ce patrimoine est collectif. C'est celui des générations qui l'ont précédé.

L'école transmet-elle seulement des connaissances ?

Nous retrouvons ici la réflexion de Hannah Arendt. L'école est un lieu particulier parce qu'elle se situe entre deux mondes. D'un côté, il y a l'enfant, qui représente la nouveauté. De l'autre, il y a le monde déjà là, avec son histoire et ses connaissances.

L'école joue donc un rôle de passage. Elle ne devrait ni abandonner l'enfant à lui-même, ni lui demander de reproduire exactement le monde des adultes. Elle lui permet d'entrer progressivement dans un monde commun. Cela signifie que l'école a une responsabilité qui dépasse largement la simple transmission d'informations. Elle transmet une culture, une mémoire, des repères, une capacité à comprendre ce que nous avons construit ensemble.

Et l'État dans tout cela ?

Dès que l'éducation devient une question collective, une autre question apparaît : qui décide de ce que les enfants doivent apprendre ? Dans une société organisée, l'État intervient nécessairement. Il fixe des programmes. Organise les établissements. Forme ou encadre les enseignants. Définit des règles communes. Garantit l'accès à l'éducation.

Cette intervention répond à une idée importante : chaque enfant doit pouvoir recevoir une éducation, indépendamment de sa famille et de ses conditions de naissance. L'école publique peut ainsi être pensée comme un outil d'égalité. Elle permet à des enfants issus de milieux très différents de rencontrer certains mêmes savoirs et certaines mêmes références. Mais cette responsabilité pose aussi une question délicate.

Jusqu'où la société peut-elle éduquer ?

Si l'État décide de tout, il existe un risque : celui de transformer l'éducation en simple transmission d'une vision officielle du monde. 

Si la famille décide de tout, un autre risque apparaît : celui que chaque enfant reçoive une éducation entièrement différente, avec des possibilités très inégales d'accès aux connaissances et à la culture.

Si l'école décide de tout, elle risque de prendre une place qui n'est pas la sienne.

Alors où placer la frontière ? Il n'existe probablement pas de réponse simple. Parce que l'enfant est à la fois une personne singulière, un membre d'une famille et un futur membre de la société.

Éduquer un enfant, ce n'est pas posséder un enfant

C'est peut-être ici qu'une distinction est nécessaire. Être responsable de l'éducation d'un enfant ne signifie pas en être propriétaire. Un enfant n'est pas le prolongement des convictions de ses parents. Il n'est pas non plus un produit fabriqué par l'école. Et il n'est certainement pas un instrument au service des objectifs d'une société. Il deviendra un être humain avec ses propres convictions, ses propres choix et sa propre histoire. 

L'éducation devrait donc permettre cette émergence. C'est précisément pour cela que plusieurs acteurs doivent pouvoir intervenir, chacun avec une responsabilité différente.

Une responsabilité partagée

On pourrait alors imaginer une sorte de répartition. 

La famille transmet les premiers repères et accompagne l'enfant dans son histoire personnelle.

L'école transmet des connaissances et ouvre l'enfant à un monde culturel et intellectuel plus vaste que son environnement immédiat.

La société garantit un cadre commun.

L'État organise et protège l'accès à l'éducation.

Et l'enfant ? Il n'est pas simplement celui qui reçoit. Il est progressivement celui qui devient responsable de ce qu'il reçoit. C'est peut-être le point essentiel.

Que se passe-t-il lorsque les éducations se contredisent ?

La question devient plus difficile lorsqu'un enfant entend des choses différentes selon les lieux où il se trouve. Une famille peut penser d'une manière. L'école peut présenter un autre point de vue. Les médias en présentent encore d'autres. Les amis, les réseaux sociaux, les livres, les rencontres ajoutent leurs propres influences. L'enfant grandit donc au milieu d'une multitude de discours. 

Est-ce nécessairement un problème ? Pas forcément. Cela peut même être une chance. Car rencontrer des points de vue différents oblige à réfléchir. Encore faut-il avoir appris à les comparer, à distinguer une opinion d'un fait, à argumenter, à accepter de ne pas être d'accord et à comprendre qu'une personne qui pense autrement n'est pas nécessairement une ennemie. 

L'éducation devient alors aussi une éducation au pluralisme.

Une société éduque-t-elle aussi sans le savoir ?

Il existe enfin une dimension à laquelle nous pensons moins. Une société éduque même lorsqu'elle ne donne aucun cours. Elle éduque par les exemples qu'elle offre. Par ce qu'elle valorise. Par ce qu'elle récompense. Par ce qu'elle condamne. Par la manière dont les adultes se parlent. Par la manière dont les plus faibles sont considérés. Par la place accordée au savoir. Par la façon dont on traite l'erreur. Par la manière dont on parle de la réussite.

Les enfants observent tout cela. Ils apprennent aussi de ce que nous faisons lorsque nous croyons qu'ils ne regardent pas. 

Cela signifie que l'éducation n'est jamais uniquement ce qui se passe dans une salle de classe.

Une société éduque par le monde qu'elle donne à voir.

Alors, qui est responsable ?

Peut-être faut-il finalement renoncer à chercher un seul responsable. L'éducation est une responsabilité partagée. Mais partagée ne signifie pas diluée.

Chacun possède une responsabilité particulière. Les parents ne peuvent pas demander à l'école de tout transmettre. L'école ne peut pas réparer toutes les difficultés de la société. L'État ne peut pas décider de tout ce qu'un enfant doit devenir. Et la société ne peut pas demander aux familles et aux enseignants de résoudre seuls des problèmes qu'elle produit elle-même.

L'éducation est un travail collectif. Et cette idée nous conduit à une question encore plus profonde.

Que voulons-nous transmettre ?

Car dès que plusieurs acteurs participent à l'éducation, une question devient inévitable : qu'avons-nous réellement envie de transmettre aux générations suivantes ? Des connaissances ? Bien sûr. Des compétences ? Évidemment. Des règles ? Certainement.

Mais aussi une certaine conception de la justice, de la liberté, de la responsabilité, du respect, de la vérité, de la solidarité, de la réussite, de la vie commune.

Autrement dit, derrière toute politique éducative, derrière toute école, derrière toute famille, se trouve une question que nous ne pouvons pas éviter : quelles valeurs voulons-nous transmettre ?

Et c'est peut-être là que commence la partie la plus délicate de la réflexion parce que transmettre des connaissances est relativement simple. Mais transmettre des valeurs signifie toujours dire quelque chose de ce que nous considérons comme bon, juste et souhaitable.

L'éducation n'est donc pas seulement une question de savoir. Elle devient une question de société. Et, finalement, une question profondément philosophique : quel être humain voulons-nous aider à devenir ?

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